{"id":10732,"date":"2024-11-26T14:30:35","date_gmt":"2024-11-26T13:30:35","guid":{"rendered":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/?p=10732"},"modified":"2024-11-26T14:32:50","modified_gmt":"2024-11-26T13:32:50","slug":"rwanda-larme-de-paix-de-la-masculinite-positive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/?p=10732","title":{"rendered":"Rwanda : l\u2019arme de paix de la masculinit\u00e9 positive"},"content":{"rendered":"<div style=\"float: left; width: 46%;\">\n<p>. EGALITE HOMMES\/FEMMES .<\/p>\n<p>Un article par Isabelle Gr\u00e9goire pour <a href=\"https:\/\/lactualite.com\/monde\/rwanda-larme-de-paix-de-la-masculinite-positive\/\">L&#8217;actualit\u00e9<\/a><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le g\u00e9nocide de 1994, le Rwanda \u00e9tait compos\u00e9 \u00e0 70 % de femmes devenues cheffes de famille. Une situation d\u00e9mographique in\u00e9dite qui a men\u00e9 ce pays nagu\u00e8re patriarcal sur la piste de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00c9tat promeut m\u00eame la masculinit\u00e9 positive.<\/p>\n<p><center><a href=\"https:\/\/french.cpnn-world.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Rwanda.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/french.cpnn-world.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Rwanda.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"664\" class=\"alignnone size-full wp-image-10733\" srcset=\"https:\/\/french.cpnn-world.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Rwanda.jpg 900w, https:\/\/french.cpnn-world.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Rwanda-300x221.jpg 300w, https:\/\/french.cpnn-world.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Rwanda-768x567.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><br \/>\nGr\u00e2ce aux ateliers BAHO, Th\u00e9oneste Nyakabaji est pass\u00e9 de p\u00e8re absent pour ses premiers enfants \u00e0 p\u00e8re engag\u00e9 aupr\u00e8s de ses deux petites jumelles. On le voit ici avec sa femme, Claudine Umugwaneza (\u00e0 gauche), et quatre de leurs enfants. (Photo : Isabelle Gr\u00e9goire pour L\u2019actualit\u00e9)<\/center><\/p>\n<p>C&#8217;est quoi, la potion que tu donnes \u00e0 ton homme ? Je veux la m\u00eame pour le mien ! \u00bb Cette question, Claudine Uwiragiye, 27 ans, agricultrice du district de Musanze, dans les contreforts du parc national des Volcans, dans le nord du Rwanda, se l\u2019est fait poser cent fois. Les voisines et amies de cette femme gracile dans son pagne rouge et jaune \u00e9taient convaincues qu\u2019elle avait ensorcel\u00e9 son mari, tant celui-ci avait chang\u00e9. Auparavant dominateur, violent et plus assidu au \u00ab cabaret \u00bb (bar local) qu\u2019\u00e0 son foyer, Jean-Dedieu Manihiro, 30 ans et lui aussi agriculteur, est devenu en quelques mois un conjoint et un p\u00e8re attentionn\u00e9. Aussi actif dans l\u2019\u00e9ducation de leurs deux enfants que dans les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res. <\/p>\n<p>\u00ab Je peux tout faire, sauf allaiter ! \u00bb rigole-t-il en tendant les bras \u00e0 sa cadette qui nous rejoint dans leur modeste maison en pis\u00e9, sise sur l\u2019une des \u00ab mille collines \u00bb qui ont valu son surnom au Rwanda. En larmes, la bambine de deux ans vient de tr\u00e9bucher dans la cour entour\u00e9e de plantations de courges, haricots et bananiers. Un c\u00e2lin, quelques mots doux en kinyarwanda (langue principale du pays) et la petite a d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 son bobo. \u00ab Ce n\u2019est plus le m\u00eame homme \u00bb, dit Claudine, assise \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s sur l\u2019un des bancs de bois qui meublent la pi\u00e8ce au sol de terre battue et aux murs orn\u00e9s des photos d\u00e9lav\u00e9es de leur mariage, en 2017.<\/p>\n<p>\u00ab Au d\u00e9but, quand les gars du village me voyaient \u00e9plucher des patates ou bercer mon b\u00e9b\u00e9, ils riaient de moi \u00bb, raconte Jean-Dedieu, polo ray\u00e9 et pantalon noir dans des bottes de caoutchouc vertes. \u00ab Pour eux, je n\u2019\u00e9tais plus un homme. \u00bb Mais peu \u00e0 peu, ils se sont rendu compte que ce changement avait du bon. Non seulement la famille ne vivait plus dans les coups et les cris, mais elle avait r\u00e9ussi \u00e0 am\u00e9liorer ses revenus. \u00ab Je ne d\u00e9pense plus tout l\u2019argent de la r\u00e9colte en alcool et on g\u00e8re notre budget \u00e0 deux. \u00bb<\/p>\n<p>Aussi spectaculaire soit-elle, la m\u00e9tamorphose de Jean-Dedieu ne doit rien \u00e0 la magie. Plut\u00f4t que de lui faire boire un \u00e9lixir, Claudine l\u2019a persuad\u00e9 de s\u2019inscrire avec elle au programme Bandebereho (\u00ab mod\u00e8le \u00bb, en kinyarwanda), un \u00ab parcours de transformation \u00bb de 17 s\u00e9ances hebdomadaires de trois heures chacune, offert aux jeunes parents par le Centre de ressources pour les hommes du Rwanda (RWAMREC). \u00ab Sinon, j\u2019aurais fini par le d\u00e9noncer \u00e0 la police. \u00bb <\/p>\n<p>Cette ONG, dont le si\u00e8ge se trouve \u00e0 Kigali, travaille \u00e0 l\u2019\u00e9radication des violences faites aux femmes en faisant la promotion d\u2019une \u00ab masculinit\u00e9 positive \u00bb. Pour convaincre les plus r\u00e9calcitrants, ses animateurs masculins \u2014 issus des communaut\u00e9s vis\u00e9es \u2014 visitent \u00e0 plusieurs reprises les foyers en conflit, dont la liste leur est fournie par les autorit\u00e9s locales. Les \u00ab mod\u00e8les \u00bb comme Jean-Dedieu sont invit\u00e9s \u00e0 les soutenir en devenant des \u00ab agents de changement \u00bb dans leur village.<\/p>\n<p>Selon le rapport 2020 de l\u2019Institut national de la statistique, 46 % des Rwandaises mari\u00e9es ont subi des violences conjugales et 60 % estiment que c\u2019est acceptable. La culture du silence demeure de mise en la mati\u00e8re, m\u00eame si le nombre de cas signal\u00e9s et examin\u00e9s a plus que doubl\u00e9 en cinq ans, pour d\u00e9passer les 14 500 dossiers en 2021-2022.<\/p>\n<p>\u00ab Impossible de modifier les normes sociales et d\u2019atteindre l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres si les hommes ne sont pas impliqu\u00e9s \u00bb, dit Fid\u00e8le Rutayisire, 48 ans, directeur g\u00e9n\u00e9ral du RWAMREC, qu\u2019il a fond\u00e9 en 2006. Cet avocat de formation, f\u00e9ministe convaincu, a lui-m\u00eame grandi dans un foyer violent. \u00ab C\u2019est plus facile pour les hommes d\u2019\u00eatre chang\u00e9s par leurs pairs que par des femmes \u00bb, affirme-t-il. Objectif : en finir avec les mythes li\u00e9s \u00e0 la virilit\u00e9 \u2014 par exemple que seules les femmes peuvent s\u2019occuper des enfants, ou qu\u2019il est acceptable de battre son \u00e9pouse si elle br\u00fble le repas. Mais aussi permettre aux femmes de s\u2019\u00e9manciper avec un emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Quelque 50 000 hommes sont touch\u00e9s chaque ann\u00e9e par le Centre de ressources par l\u2019entremise de ses diff\u00e9rents programmes (dont Bandebereho), d\u00e9ploy\u00e9s un peu partout dans ce pays de 14 millions d\u2019habitants. \u00ab Une goutte d\u2019eau par rapport aux besoins, mais un travail essentiel : trop de foyers sont encore min\u00e9s par la violence \u00bb, observe Fid\u00e8le Rutayisire, visage rond et regard doux derri\u00e8re des lunettes. Une violence notamment h\u00e9rit\u00e9e du g\u00e9nocide qui a d\u00e9chir\u00e9 le Rwanda en 1994. En 100 jours, un million de Tutsis ont \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9s, le plus souvent \u00e0 la machette, par la majorit\u00e9 hutue. De 250 000 \u00e0 500 000 femmes ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es, dont un grand nombre se sont retrouv\u00e9es enceintes (de 10 000 \u00e0 25 000 \u00ab enfants de la haine \u00bb seraient n\u00e9s de ces viols). M\u00eame si 65 % de la population a aujourd\u2019hui moins de 30 ans et n\u2019a pas v\u00e9cu ces horreurs, les traumatismes demeurent, tant chez les enfants des g\u00e9nocidaires que chez ceux des rescap\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du g\u00e9nocide, le Rwanda \u00e9tait compos\u00e9 \u00e0 70 % de femmes devenues cheffes de famille (veuves, \u00e9pouses de g\u00e9nocidaires en prison ou en exil, orphelines). Celles-ci ont donc jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la r\u00e9conciliation et la reconstruction du pays. La Constitution interdisant toute forme de discrimination, il n\u2019y a plus de privil\u00e8ges li\u00e9s aux ethnies (Tutsis, Hutus, Twas), aux religions (chr\u00e9tiens, musulmans) ou aux r\u00e9gions\u2026 tout le monde est rwandais. En 30 ans, d\u2019immenses progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 accomplis (\u00e9ducation, sant\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, propret\u00e9\u2026). Et ce petit pays verdoyant de la r\u00e9gion des Grands Lacs, enclav\u00e9 entre la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), la Tanzanie, l\u2019Ouganda et le Burundi, est le seul au monde \u00e0 avoir une majorit\u00e9 de femmes au Parlement (61 % des d\u00e9put\u00e9s). <\/p>\n<p>\u00ab Dans notre soci\u00e9t\u00e9 postconflit, la seule option \u00e9tait de rassembler les citoyens sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb, dit Liberata Gahongayire, pr\u00e9sidente de Pro-Femmes \/ Twese Hamwe (\u00ab tous ensemble \u00bb, en kinyarwanda), un collectif impliqu\u00e9 dans le processus d\u00e8s 1994 (mobilisation des femmes, r\u00e9vision des lois). Mais il a fallu mettre les bouch\u00e9es doubles. \u00ab En plus des divisions ethniques qui avaient d\u00e9chir\u00e9 les familles et la soci\u00e9t\u00e9, la tradition patriarcale rel\u00e9guait les femmes au second plan \u00bb, poursuit cette historienne, chercheuse au Centre de gestion des conflits de l\u2019Universit\u00e9 du Rwanda et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 libre de Bruxelles. \u00ab Beaucoup \u00e9taient illettr\u00e9es et n\u2019avaient jamais travaill\u00e9 ailleurs que dans les champs. \u00bb Au fil des ans, des lois garantissant leurs droits ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es \u2014 acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, cong\u00e9 de maternit\u00e9, avortement (limit\u00e9 aux cas critiques), criminalisation de la violence conjugale, droit \u00e0 la contraception (\u00e0 partir de 18 ans), \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage\u2026<\/p>\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s de la pionni\u00e8re RWAMREC, de nombreuses organisations misent sur la masculinit\u00e9 positive. Comme le collectif Pro-Femmes, qui l\u2019inclut dans ses \u00ab parcours de transformation visant l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes \u00bb destin\u00e9s aux femmes et aux couples. \u00ab La masculinit\u00e9 positive a une double finalit\u00e9 : r\u00e9duire les violences bas\u00e9es sur le genre et am\u00e9liorer la situation socio\u00e9conomique des familles, et donc de la nation \u00bb, dit Liberata Gahongayire. <\/p>\n<p>Autre actrice majeure : l\u2019ONG d\u2019origine britannique Aegis Trust, conceptrice et gestionnaire (au nom du gouvernement rwandais) du M\u00e9morial du g\u00e9nocide, perch\u00e9 sur une colline de la capitale, o\u00f9 reposent les restes de 250 000 victimes du g\u00e9nocide contre les Tutsis. Aegis Trust offre des programmes d\u2019\u00e9ducation \u00e0 la paix visant un public vari\u00e9 (d\u00e9cideurs politiques, enseignants, jeunes\u2026) qu\u2019elle sensibilise notamment \u00e0 la masculinit\u00e9 positive.<\/p>\n<p>\u00ab Encore loin d\u2019\u00eatre acquise, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres est un obstacle \u00e0 notre travail en faveur d\u2019une paix durable dans notre pays \u00bb, dit la responsable de la planification, du suivi et de l\u2019\u00e9valuation, Diane Gasana, rencontr\u00e9e au M\u00e9morial, o\u00f9 l\u2019ONG a ses bureaux. \u00ab Nos formations ouvrent le dialogue en milieu scolaire, au travail et dans la sph\u00e8re religieuse, et montrent l\u2019apport indispensable des hommes dans la promotion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat rwandais favorise et accompagne le mouvement. L\u2019implication des hommes dans cette promotion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 est d\u2019ailleurs l\u2019une des priorit\u00e9s de <a href=\"https:\/\/www.migeprof.gov.rw\/fileadmin\/user_upload\/Migeprof\/Publications\/Guidelines\/Revised_National_Gender_Policy-2021.pdf\">la nouvelle politique du genre<\/a>, lanc\u00e9e en 2021 par le minist\u00e8re du Genre et de la Promotion de la famille. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 s\u2019est quant \u00e0 lui engag\u00e9 dans le d\u00e9ploiement \u00e0 plus grande \u00e9chelle du programme Bandebereho, soutenu notamment par le Centre de recherches pour le d\u00e9veloppement international (CRDI), \u00e0 Ottawa.<\/p>\n<p>Le concept de la masculinit\u00e9 positive se propage aussi ailleurs en Afrique. Apr\u00e8s la RDC et le S\u00e9n\u00e9gal, l\u2019Afrique du Sud a accueilli en 2023 la troisi\u00e8me Conf\u00e9rence des hommes de l\u2019Union africaine (UA) sur la masculinit\u00e9 positive pour \u00e9liminer la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes et des filles. L\u2019UA encourage les soci\u00e9t\u00e9s civiles, les chefs religieux et les acteurs \u00e9conomiques \u00e0 collaborer. Un travail de longue haleine, car partout les r\u00e9sistances sont grandes : les hommes redoutent d\u2019\u00eatre ridiculis\u00e9s et de perdre leur pouvoir.<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement africain, le Rwanda est dirig\u00e9 depuis 2000 par le pr\u00e9sident Paul Kagame, 66 ans, r\u00e9\u00e9lu le 15 juillet pour un quatri\u00e8me mandat. Ancien commandant dans le Front patriotique rwandais, qui a stopp\u00e9 le g\u00e9nocide en 1994, il est salu\u00e9 pour avoir r\u00e9concili\u00e9 et modernis\u00e9 le pays. L\u2019agriculture (caf\u00e9, th\u00e9, sorgho\u2026) repr\u00e9sente toujours 25 % du PIB et 56 % des emplois. Le \u00ab pays des mille collines \u00bb affiche cependant une croissance \u00e9conomique annuelle de l\u2019ordre de 7 % \u00e0 8 %, notamment gr\u00e2ce au tourisme d\u2019affaires et haut de gamme. Aussi propre que s\u00e9curitaire, la capitale, Kigali, 1,7 million d\u2019habitants, s\u2019est dot\u00e9e de grands h\u00f4tels et d\u2019un palais des congr\u00e8s iconique, inspir\u00e9 d\u2019un ancien palais royal. Les auberges de luxe se sont multipli\u00e9es aux abords des parcs nationaux comme celui des Volcans \u2014 o\u00f9 le permis pour une br\u00e8ve visite aux gorilles des montagnes est factur\u00e9 1 500 dollars am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Peu de gens critiquent ouvertement Paul Kagame au Rwanda, mais ses d\u00e9tracteurs lui reprochent son autoritarisme \u2014 surveillance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, libert\u00e9 de la presse inexistante, musellement d\u2019opposants\u2026 Il vient d\u2019ailleurs d\u2019\u00eatre report\u00e9 au pouvoir avec 99,15 % des voix. Les Rwandais sont aussi soumis \u00e0 de strictes r\u00e8gles de vie visant \u00e0 renforcer l\u2019unit\u00e9 nationale. Par exemple, tous les \u00e9l\u00e8ves du secteur public, gar\u00e7ons et filles, doivent avoir la t\u00eate ras\u00e9e pour des raisons d\u2019hygi\u00e8ne et d\u2019\u00e9galit\u00e9. Et tous les derniers samedis du mois, les citoyens sont tenus de participer \u00e0 l\u2019umuganda (travaux communautaires), sous peine d\u2019amende.<\/p>\n<p>N\u2019emp\u00eache que les in\u00e9galit\u00e9s subsistent. Deuxi\u00e8me pays d\u2019Afrique pour la densit\u00e9 de la population (apr\u00e8s l\u2019\u00eele Maurice), le Rwanda se situe au 161e rang (sur 193) au classement de l\u2019indice de d\u00e9veloppement humain de l\u2019ONU, qui mesure la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation et le niveau de vie pour d\u00e9terminer le degr\u00e9 de \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb. Et en d\u00e9pit de la majorit\u00e9 de femmes au Parlement, le patriarcat demeure vivace. Les gar\u00e7ons grandissent toujours dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils sont sup\u00e9rieurs aux filles et les violences sexistes perdurent. <\/p>\n<p>\u00ab La femme est le c\u0153ur du foyer, l\u2019homme est le ma\u00eetre de la famille \u00bb, selon un dicton rwandais. Les r\u00f4les de chacun sont toujours bien ancr\u00e9s, surtout en milieu rural, o\u00f9 vit 83 % de la population. Soumises et effac\u00e9es, les abagore (femmes) travaillent aux champs avec leur b\u00e9b\u00e9 attach\u00e9 sur le dos, marchent des kilom\u00e8tres pour puiser de l\u2019eau et accomplissent l\u2019essentiel des t\u00e2ches non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. Les abagabo (hommes) sont les pourvoyeurs, ils prennent toutes les d\u00e9cisions pour la famille, estiment que la sexualit\u00e9 leur est due et jouissent de leur temps libre \u00e0 leur guise.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rences sautent aux yeux durant les ateliers du programme Bandebereho. Le jour de ma visite, une trentaine d\u2019hommes et de femmes sont assis en cercle dans une salle du centre de sant\u00e9 de Gitare, dans la province du Nord. La plupart sont venus \u00e0 pied par une piste de lat\u00e9rite rouge avec, en arri\u00e8re-plan, les sommets bleut\u00e9s des volcans marquant la fronti\u00e8re avec l\u2019Ouganda. Apr\u00e8s les danses, chants et slogans motivateurs qui pr\u00e9c\u00e8dent chaque s\u00e9ance, cinq hommes volontaires se retirent pendant que l\u2019animatrice installe le mat\u00e9riel d\u2019un jeu de r\u00f4le sur les t\u00e2ches domestiques : poup\u00e9e en tissu, bassine de lessive, balai, chaudron et bidon d\u2019eau.<\/p>\n<p>De retour dans la salle, chacun doit mimer une t\u00e2che \u2014 bercer le b\u00e9b\u00e9, balayer la cour, pr\u00e9parer le souper\u2026 \u2014 avant de quitter la sc\u00e8ne en abandonnant sa responsabilit\u00e9 aux hommes qui restent. Au final, un seul se retrouve \u00e0 tout faire, ne sachant plus o\u00f9 donner de la t\u00eate. \u00ab Et il n\u2019a m\u00eame pas de vaisselle \u00e0 laver ! \u00bb s\u2019\u00e9crie une participante, soulevant l\u2019hilarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. \u00ab C\u2019\u00e9tait super-stressant ! reconna\u00eet le volontaire, visiblement d\u00e9boussol\u00e9. Je me suis rendu compte d\u2019un coup de tout ce que mon \u00e9pouse fait \u00e0 la maison : elle ne se repose jamais ! \u00bb<\/p>\n<p>(Voir suite sur colonne de droite. . . )<\/p>\n<p>(Cliquez <a href=\"http:\/\/english.cpnn-world.org\/?p=36051\">ici pour une version anglaise<\/a>.)<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"float: right; width: 46%;\">Pregunta(s) relacionada(s) al art\u00edculo<\/div>\n<div style=\"float: right; width: 46%;\"><\/div>\n<div style=\"float: right; width: 46%;\">\n<p align=\"justify\">\n<p><em><strong><a href=\"http:\/\/english.cpnn-world.org\/?p=7599\">Protecting women and girls against violence, Is progress being made?<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/english.cpnn-world.org\/?p=11561\"> What role should men play to stop violence against women?<\/a>  <\/strong><\/em><\/p>\n<p>(. . . suite)<\/p>\n<p>En plus des jeux de r\u00f4le et des devoirs \u00e0 la maison, les participants aux s\u00e9ances Bandebereho doivent contribuer \u00e0 des discussions de groupe. Et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur comportement, souvent identique \u00e0 celui de leur p\u00e8re. \u00ab Les hommes apprennent \u00e0 parler de leur intimit\u00e9 et \u00e0 se livrer sur leurs \u00e9motions, ce qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019habitude de faire \u00bb, dit Emmanuel Karamage, un solide quinquag\u00e9naire, coordonnateur de l\u2019initiative pour le district de Musanze. \u00ab Ensuite, ils communiquent mieux avec leur conjointe \u00e0 la maison. \u00bb <\/p>\n<p>Lors d\u2019une s\u00e9ance \u00e0 laquelle je participais, ce responsable local a lanc\u00e9 un d\u00e9bat sur le consentement sexuel. \u00ab Avant RWAMREC, \u00e7a n\u2019existait pas, le consentement : mon mari rentrait so\u00fbl du cabaret et se jetait sur moi sans m\u00eame me dire bonsoir, raconte une trentenaire, m\u00e8re de quatre enfants. Si je ne me laissais pas faire, il me frappait. \u00bb Murmures g\u00ean\u00e9s des hommes dans l\u2019assistance : eux aussi agissaient ainsi, mais jurent avoir chang\u00e9. \u00ab On a m\u00eame introduit des pr\u00e9liminaires ! \u00bb lance l\u2019un d\u2019eux, sourire fendu jusqu\u2019aux oreilles. <\/p>\n<p>Les exercices pratiques s\u2019av\u00e8rent aussi r\u00e9volutionnaires. Comme le portage dorsal d\u2019un poupon, une technique ancestrale transmise de m\u00e8re en fille. \u00ab Nos p\u00e8res ne faisaient jamais \u00e7a et personne ne nous a appris comment s\u2019y prendre \u00bb, dit Jean-Baptiste Singiranumwe, un \u00e9leveur de 31 ans. Papa de deux enfants, il a termin\u00e9 son parcours de transformation en 2022. Il m\u2019accueille au domicile familial de Kamugeni, dans le Nord \u2014 une maison ocre, flanqu\u00e9e d\u2019un poulailler et tapiss\u00e9e d\u2019inscriptions pieuses. Jean-Baptiste ne se fait pas prier pour me montrer comment il installe sa petite derni\u00e8re, ravie, sur son dos \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pagne, sous le regard attendri de son \u00e9pouse, Claudine Nyiramunezero. Le geste s\u00fbr, maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avec la poup\u00e9e utilis\u00e9e pendant les cours, il rayonne de fiert\u00e9. \u00ab Je me sens super-connect\u00e9 \u00e0 mon enfant. \u00bb<\/p>\n<p>Ex-alcoolique brutal, Jean-Baptiste a pourtant fait vivre un enfer \u00e0 sa femme, qui me confiera plus tard avoir song\u00e9 \u00e0 le quitter et m\u00eame \u00e0 le tuer. Il a fini par \u00e9coper de deux ans de prison, apr\u00e8s de violentes bagarres dans le village. \u00c0 sa sortie, l\u2019animateur local du RWAMREC, un voisin qui le connaissait bien, est venu lui parler de Bandebereho. Comme dans le cas de Jean-Dedieu et des dizaines d\u2019hommes initi\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 positive que j\u2019ai rencontr\u00e9s durant ce reportage, sa transformation a \u00e9t\u00e9 radicale. C\u2019est en tout cas ce qu\u2019ils affirment, avec l\u2019approbation de leurs conjointes, y compris lorsque je m\u2019adresse \u00e0 elles seule \u00e0 seule.<\/p>\n<p>Vu de l\u2019ext\u00e9rieur, cela peut sembler inconcevable. Comment des hommes aussi machistes peuvent-ils changer du tout au tout en si peu de temps ? Selon Fid\u00e8le Rutayisire, fondateur du RWAMREC, divers facteurs entrent en jeu, dont le style de formation (participatif), la proximit\u00e9 des intervenants et le soutien inconditionnel des leaders locaux. <\/p>\n<p>Une \u00e9lue municipale et un policier \u00e9taient d\u2019ailleurs pr\u00e9sents \u00e0 un atelier BAHO (Building and Strengthening Healthy Households \u2014 cr\u00e9er et renforcer des m\u00e9nages sains), autre programme du RWAMREC, auquel j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 Gatsibo, dans la province de l\u2019Est. Tous deux ont pris la parole pour encourager les participants. \u00ab RWAMREC nous aide \u00e0 stabiliser la s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion, a d\u00e9clar\u00e9 le policier, droit dans ses bottes noires. La paix dans les foyers est le premier pilier du d\u00e9veloppement de notre pays. \u00bb<\/p>\n<p>Tout cela n\u2019emp\u00eache pas les rechutes. \u00ab Ce n\u2019est pas toujours facile d\u2019arr\u00eater la violence : certains participants disent avoir chang\u00e9, mais int\u00e9rieurement, ce n\u2019est pas vrai \u00bb, constate Jean Baptiste Nsengimana, coordonnateur de terrain de RWAMREC dans le Nord. \u00ab Quand ils revoient leurs amis, ceux-ci peuvent les inciter \u00e0 reprendre leurs anciennes habitudes. \u00bb La communication non verbale de certains participants durant les s\u00e9ances \u2014 bras crois\u00e9s et mine renfrogn\u00e9e \u2014 laisse en effet entendre qu\u2019ils manquent de conviction et sont venus un peu \u00e0 reculons. \u00ab Mais ils sont minoritaires \u00bb, assure le responsable local.<\/p>\n<p>Pour mieux comprendre l\u2019effet r\u00e9el des programmes de masculinit\u00e9 positive en Afrique, une vaste \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par le Centre international de recherche sur les femmes (ICRW, pour International Center for Research on Women), \u00e9tabli \u00e0 Washington, avec l\u2019appui financier du CRDI, \u00e0 Ottawa. Publi\u00e9e en 2023, cette \u00e9tude (\u00ab Promouvoir une masculinit\u00e9 positive pour la sant\u00e9 qui favorise la sant\u00e9 sexuelle et reproductive, les droits sexuels et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes \u00bb) couvrait trois pays (RDC, Rwanda et Nigeria) et comparait les attitudes et perceptions des hommes ayant particip\u00e9 ou non \u00e0 ces programmes (1 500 interview\u00e9s).<\/p>\n<p>Premi\u00e8re constatation : \u00eatre sensibilis\u00e9 \u00e0 la masculinit\u00e9 positive n\u2019entra\u00eene pas forc\u00e9ment un changement de comportement positif. \u00ab Beaucoup d\u2019ONG offrant ces programmes manquent de personnel suffisamment comp\u00e9tent en la mati\u00e8re et de moyens financiers pour assurer l\u2019\u00e9valuation et le suivi n\u00e9cessaires \u00bb, observe Chimaraoke Izugbara, directeur de la sant\u00e9 globale, de la jeunesse et du d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019ICRW. Les programmes examin\u00e9s \u00e9taient de qualit\u00e9 in\u00e9gale, tant par la dur\u00e9e (d\u2019une simple pr\u00e9sentation d\u2019une heure \u00e0 une formation plus \u00e9labor\u00e9e) que par le contenu. \u00ab Ils se concentrent sur l\u2019harmonie dans les couples, mais n\u2019incitent pas toujours les hommes \u00e0 une autor\u00e9flexion critique sur les normes de genre \u00bb, poursuit le chercheur d\u2019origine nig\u00e9riane, joint \u00e0 son bureau \u00e0 Washington. \u00ab De plus, ils sont souvent mis en place sans tenir compte du contexte socio\u00e9conomique et culturel du pays. \u00bb<\/p>\n<p>Collaboratrice \u00e0 cette \u00e9tude au Rwanda, la chercheuse Ilaria Buscaglia a notamment interrog\u00e9 des participants au programme Bandebereho, qui fait plut\u00f4t bonne figure. \u00ab Les hommes qui suivent ce parcours \u00e9voluent grandement, ils ne justifient aucune forme de violence sexiste, boivent moins et participent davantage aux t\u00e2ches domestiques \u00bb, observe cette anthropologue italienne, install\u00e9e depuis 2013 au Rwanda, o\u00f9 elle a travaill\u00e9 pour diverses ONG, dont le Centre de ressources pour les hommes. \u00ab Mais il faut faire plus pour changer les normes de genre : pour l\u2019instant, les hommes \u201caident\u201d leurs femmes et se r\u00e9jouissent de l\u2019am\u00e9lioration des revenus du m\u00e9nage, mais ils s\u2019estiment toujours les chefs de famille. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude du Centre international de recherche sur les femmes de Washington souligne aussi que certains th\u00e8mes associ\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 positive ont du mal \u00e0 percer, y compris chez les r\u00e9pondants ayant suivi ces programmes. Par exemple, la majorit\u00e9 d\u2019entre eux n\u2019ont jamais fait de test de d\u00e9pistage du VIH\/sida. M\u00eame rejet concernant la diversit\u00e9 sexuelle. \u00ab L\u2019homophobie est toujours tr\u00e8s pr\u00e9sente et aucun de ces programmes n\u2019en parle \u00bb, constate Ilaria Buscaglia. Le sujet est tabou (entre autres pour des raisons religieuses) dans les trois pays \u00e9tudi\u00e9s, dont le Rwanda, m\u00eame si l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est pas p\u00e9nalis\u00e9e sur le sol rwandais \u2014 contrairement \u00e0 ce qu\u2019on voit dans de nombreux pays africains. \u00ab Le simple fait d\u2019\u00e9voquer les droits LGBTQ+ peut faire \u00e9chouer tous nos efforts sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres. \u00bb<\/p>\n<p>Beaucoup de travail reste donc \u00e0 faire pour changer les mentalit\u00e9s. Le d\u00e9ploiement \u00e0 grande \u00e9chelle du programme Bandebereho, amorc\u00e9 en 2023, pourrait y contribuer. Jusqu\u2019ici \u00e9tendu \u00e0 30 000 couples, il vise cette fois \u00e0 atteindre 84 000 familles de la province du Nord d\u2019ici 2027. R\u00e9alis\u00e9e par le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et le Centre biom\u00e9dical du Rwanda en partenariat avec le RWAMREC, cette initiative est notamment cofinanc\u00e9e par Affaires mondiales Canada et le CRDI (1,2 million de dollars), et a aussi re\u00e7u le soutien de Grands D\u00e9fis Canada (1 million) et du Fonds mondial pour l\u2019innovation (2,5 millions). <\/p>\n<p>Pour mieux toucher les familles, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 s\u2019appuie sur le r\u00e9seau des agents de sant\u00e9 communautaire (ASC), des b\u00e9n\u00e9voles qui pallient la p\u00e9nurie de personnel m\u00e9dical partout au Rwanda. Quelque 1 600 ASC (sur les 60 000 que compte le pays), form\u00e9s par le RWAMREC, recrutent les couples et offrent les 17 s\u00e9ances Bandebereho dans leur communaut\u00e9. Le programme b\u00e9n\u00e9ficiera d\u2019un suivi tout au long du processus. \u00c0 long terme, l\u2019initiative, int\u00e9gr\u00e9e au syst\u00e8me de sant\u00e9, pourrait s\u2019\u00e9tendre aux 30 districts du pays.<\/p>\n<p>Souvent inspir\u00e9s de l\u2019exp\u00e9rience rwandaise, les programmes de masculinit\u00e9 positive se multiplient en Afrique subsaharienne. Surtout dans les zones urbaines pauvres, o\u00f9 les besoins sont criants. Comme le souligne l\u2019\u00e9tude de l\u2019ICRW, un nombre croissant d\u2019Africains sont contraints de s\u2019entasser dans des bidonvilles o\u00f9 la violence bas\u00e9e sur le genre, les grossesses non d\u00e9sir\u00e9es et les pratiques sexuelles \u00e0 risque explosent. En outre, les ann\u00e9es de conflit arm\u00e9, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de violence \u2014 comme au Nigeria et en RDC \u2014 ont accru la masculinit\u00e9 toxique et le manque de services en mati\u00e8re de sant\u00e9 et de droits sexuels et reproductifs.<\/p>\n<p>Le sociologue ivoirien Ghislain Coulibaly, 45 ans, p\u00e8re de trois enfants, compte parmi les plus ardents d\u00e9fenseurs de la masculinit\u00e9 positive sur le continent. Ex-conseiller technique au minist\u00e8re de la Femme, de la Famille et de l\u2019Enfant de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, et excellent communicateur, il est l\u2019auteur d\u2019une conf\u00e9rence TEDx sur le sujet, diffus\u00e9e sur YouTube. Ce qui lui a valu moqueries et menaces sur les r\u00e9seaux sociaux. \u00ab Pourquoi tu veux renverser l\u2019ordre social ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une minorit\u00e9 d\u2019hommes ivoiriens prennent r\u00e9ellement conscience de l\u2019enjeu \u00bb, affirme le sociologue depuis son domicile d\u2019Abidjan, en C\u00f4te d\u2019Ivoire. \u00ab Beaucoup croient que je d\u00e9construis leur pouvoir pour le donner aux femmes et que la masculinit\u00e9 positive pervertit les valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne. \u00bb Il est aussi dans le collimateur de certaines femmes, qui estiment qu\u2019il prend trop de place et devrait les laisser mener leur combat.<\/p>\n<p>Rien pour le d\u00e9courager. \u00ab Ces critiques font partie de l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9. \u00bb En 2019, Ghislain Coulibaly a cr\u00e9\u00e9 le R\u00e9seau des hommes engag\u00e9s pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre (RHEEG) en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Un r\u00e9seau qui a d\u00e9j\u00e0 fait des petits : en RDC en 2022 et au Cameroun cette ann\u00e9e. Les RHEEG proposent entre autres des activit\u00e9s de sensibilisation aupr\u00e8s des policiers et des militaires (RDC) et dans les \u00e9coles primaires (C\u00f4te d\u2019Ivoire). \u00ab La masculinit\u00e9 positive, c\u2019est un style de vie, une fa\u00e7on de penser et d\u2019agir qu\u2019il faut transmettre d\u00e8s la petite enfance, dit Ghislain Coulibaly. Voir papa participer aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res doit devenir une norme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ses yeux, il y a de l\u2019espoir. \u00ab Avec l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique et des r\u00e9seaux sociaux, les jeunes sont beaucoup plus ouverts \u00e0 d\u2019autres cultures et d\u2019autres mani\u00e8res de faire, dit-il. Les jeunes filles sont aussi de plus en plus scolaris\u00e9es. \u00bb Ce qui devrait r\u00e9\u00e9quilibrer la dynamique des rapports de pouvoir hommes-femmes. \u00ab L\u2019\u00e9ducation est le moteur de cette transformation. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement le pari de l\u2019ONG f\u00e9ministe rwandaise Paper Crown, qui travaille avec les 14-19 ans. Son programme phare, My Voice, My Power (ma voix, ma puissance, quatre heures d\u2019atelier hebdomadaire, durant 18 semaines), vise \u00e0 changer les mentalit\u00e9s des jeunes sur les normes de genre. Et \u00e0 faire de ces derniers des leaders capables d\u2019influencer leurs pairs comme leurs parents. <\/p>\n<p>En ce samedi matin d\u2019avril, une cinquantaine d\u2019ados inscrits s\u2019installent au centre des jeunes de Kayonza, dans la province de l\u2019Est, \u00e0 deux heures de route de Kigali, o\u00f9 se d\u00e9roule la formation. Difficile de distinguer les gars des filles : tous portent cheveux ras, amples t-shirts et bermudas de sport. Apr\u00e8s une collation compos\u00e9e de beignets offerte par l\u2019ONG, les filles restent dans la salle balay\u00e9e par la brise tandis que les gar\u00e7ons se dirigent vers un chapiteau plant\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres, sur un terrain gazonn\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Avant de m\u00e9langer les groupes, on commence par faire comprendre aux filles que des barri\u00e8res sociales limitent leur d\u00e9veloppement, mais qu\u2019elles ont des droits \u00bb, explique Clementine Nyirarukundo, longues tresses, jean et baskets, responsable des programmes et partenariats de l\u2019ONG, qui donne l\u2019atelier aux adolescentes. \u00ab Elles peuvent ainsi gagner confiance en elles. \u00bb La plupart de celles pr\u00e9sentes sont encore intimid\u00e9es et ont tendance \u00e0 parler tout bas, le regard baiss\u00e9. La visite d\u2019une journaliste canadienne n\u2019arrange rien. Mais Clementine les met vite \u00e0 l\u2019aise. La le\u00e7on d\u2019aujourd\u2019hui porte sur une nouvelle m\u00e9thode de r\u00e9sistance aux agressions (d\u00e9finition des limites, d\u00e9sescalade, tactiques d\u2019autod\u00e9fense physique\u2026). Peu \u00e0 peu, les filles s\u2019enhardissent et font part de leurs exp\u00e9riences en la mati\u00e8re. Clementine insiste sur l\u2019importance de s\u2019affirmer, de lever le menton et de regarder dans les yeux en parlant.<\/p>\n<p>Sous la tente, les gars travaillent aussi sur eux-m\u00eames. Ils dessinent leur autoportrait et inscrivent sur chaque partie du corps ce qui les a affect\u00e9s quand ils \u00e9taient enfants, leurs peurs, leurs aspirations, leurs bonnes et mauvaises habitudes li\u00e9es au genre (entrer dans la chambre d\u2019une fille sans sa permission, lui faire une mauvaise r\u00e9putation, se battre\u2026). \u00ab Soyez honn\u00eates, n\u2019enjolivez rien ! \u00bb lance Th\u00e9ophile Zigirumugabe, leur formateur. Jovial et \u00e9loquent, il captive leur attention en utilisant leur langage, grossi\u00e8ret\u00e9s incluses. Les exercices pratiques \u2014 destin\u00e9s aux gar\u00e7ons et aux filles \u2014 comprennent aussi l\u2019enfilage de condom sur une banane. Plus t\u00f4t ce matin, les protections menstruelles \u00e9taient \u00e0 l\u2019honneur. Sans g\u00eane aucune, un mince ado de 15 ans a pr\u00e9sent\u00e9 une serviette hygi\u00e9nique \u00e0 son groupe, l\u2019a d\u00e9pli\u00e9e et pos\u00e9e avec soin sur une culotte apport\u00e9e par les formateurs. \u00ab \u00c7a \u00e9limine la honte associ\u00e9e aux r\u00e8gles, dit Clementine. Nous voulons montrer que c\u2019est normal et que \u00e7a fait partie de la vie. \u00bb<\/p>\n<p>De grands cris s\u2019\u00e9l\u00e8vent du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019atelier des filles, \u00e0 l\u2019autre bout du terrain. \u00ab No ! No ! No ! \u00bb Les gar\u00e7ons l\u00e8vent \u00e0 peine le nez de leur dessin. Ils savent ce qui se passe. Divis\u00e9es en deux rang\u00e9es se faisant face, les filles s\u2019exercent \u00e0 dire \u00ab non ! \u00bb \u00e0 un agresseur en brandissant une main devant elles. \u00ab L\u2019objectif est d\u2019utiliser la voix plut\u00f4t que la force, dit Clementine Nyirarukundo. Chacune doit comprendre que c\u2019est une arme. \u00bb Une arme bien plus puissante que n\u2019importe quelle potion magique.<\/p>\n<p>Isabelle Gr\u00e9goire s\u2019est rendue au Rwanda \u00e0 l\u2019invitation du Centre de recherches pour le d\u00e9veloppement international.<\/p>\n<p>&#8211;  &#8211;  &#8211;  &#8211;  &#8211;  &#8211;<\/p>\n<p>Si vous souhaitez faire un commentaire sur cet article, vous pouvez \u00e9crire \u00e0 coordinator@cpnn-world.org avec le titre &#8220;Commentaire sur (nom de l&#8217;article)&#8221; et nous mettrons votre commentaire en ligne. En raison du flot de spams, nous avons arr\u00eat\u00e9 l&#8217;application directe des commentaires.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>. EGALITE HOMMES\/FEMMES . Un article par Isabelle Gr\u00e9goire pour L&#8217;actualit\u00e9 Apr\u00e8s le g\u00e9nocide de 1994, le Rwanda \u00e9tait compos\u00e9 \u00e0 70 % de femmes devenues cheffes de famille. Une situation d\u00e9mographique in\u00e9dite qui a men\u00e9 ce pays nagu\u00e8re patriarcal sur la piste de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00c9tat promeut m\u00eame la masculinit\u00e9 positive. &hellip; <a href=\"https:\/\/french.cpnn-world.org\/?p=10732\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Rwanda : l\u2019arme de paix de la masculinit\u00e9 positive<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,14],"tags":[6],"class_list":["post-10732","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-egalite-des-femmes","tag-afrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10732","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10732"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10732\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10735,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10732\/revisions\/10735"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10732"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10732"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.cpnn-world.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10732"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}