Entretien avec Aleida Guevara

LIBRE CIRCULATION D’INFORMATION .

Extraits d’un entretien par Andrea Duffour dans investigaction.net

Fille d’Ernesto « Che » Guevara, Aleida Guevara est pédiatre et une figure engagée de la révolution cubaine. Dans cet entretien, elle revient sur la situation particulièrement difficile que traverse Cuba sous l’effet du blocus américain, mais aussi sur les conflits au Moyen-Orient et sur sa conception de la résistance.

Elle défend notamment une lecture radicalement opposée à celle qui prévaut dans une grande partie des pays occidentaux concernant le Hamas et le Hezbollah, tout en appelant à davantage de solidarité avec les peuples palestinien, libanais et iranien.

Aleida Guevara évoque enfin le rôle du « Sud global » et la nécessité, selon elle, pour ses peuples de s’unir afin de construire « un monde plus juste pour tous ».


Photo d’un article en BBC in 1986

Andrea Duffour : . . . Tu soulignes souvent que l’internationalisme n’est pas une « exportation de révolution », mais un devoir éthique sans rien demander en retour. Tu as été toi-même en Angola et dans beaucoup d’autres pays en tant que pédiatre…

Ton message aux peuples de la Palestine, du Liban, de l’Iran … ?

Aleida Guevara : « Il est très facile d’adresser un message aux peuples du Liban, d’Iran et de Palestine de loin. Le message doit être clair : être à leurs côtés.

Voilà le véritable message. Mon père [le Che] disait que la solidarité ne consiste pas simplement à lever ou à baisser le doigt, comme le faisaient les spectateurs des cirques romains. Non. La solidarité, c’est vivre la vie d’un peuple qui a besoin de solidarité.
C’est pourquoi il est facile de prononcer des mots, mais il faut passer à l’action. Il faut briser ce blocus brutal contre la Palestine. Il faut enfin faire prendre conscience aux gens du monde entier de ce qui se passe au Liban et en Iran.  C’est honteux que les gens tournent le dos à cette réalité.

Combien d’enfants, combien de femmes, combien d’êtres humains meurent chaque jour parce qu’il y a un président fou furieux qui s’arroge le droit de mettre fin à la vie d’un peuple ? Qu’est-ce que cela signifie ?  Comment est-ce possible ? Vraiment, il n’y a pas de message plus fort et plus beau que d’être là, aux côtés de ces peuples. C’est ce dont nous avons besoin : être proches de ces peuples pour pouvoir les aider dans la situation qu’ils traversent. »

AD : La situation actuelle à Cuba est pire que jamais et mériterait également davantage de solidarité internationale concrète. Les États-Unis étranglent votre peuple, en tentant par tous les moyens de briser votre résistance qui dure depuis 67 ans.

Pourrais-tu nous décrire la situation actuelle et nous dire ce que les peuples et les gouvernements dotés d’un minimum de dignité peuvent faire pour vous soutenir, vous qui luttez en première ligne, aux côtés de l’Axe de la Résistance et de l’Iran (pays qui subit lui aussi un blocus depuis deux générations…) ?

(Voir suite sur colonne de droite.)

(cliquez ici pour une version anglaise.

Question pour cet article:

Where in the world can we find good leadership today?

(. . suite)

Aleida Guevara : « La situation à Cuba est très difficile. Le blocus que les États-Unis maintiennent depuis des décennies devient chaque jour plus cruel, car il s’agit désormais d’un blocus très actif qui touche surtout tout ce qui a trait à l’énergie dans le pays. Il empêche pratiquement tout d’entrer. . . .

AD: À quoi ressemblerait, selon ta philosophie, un monde idéal ?

Aleida Guevara : « À quoi ressemblerait un monde idéal ? Tout d’abord, je tiens à préciser que je suis pédiatre. Par conséquent, pour moi, un monde idéal est un monde où les enfants grandissent dans le bonheur le plus total, où ils peuvent profiter de chaque seconde de leur vie, où il n’y a pas de maladies susceptibles de tuer un être humain parce que nous n’avons pas su les prévenir.

Un monde où chacun ait la possibilité d’étudier quand il le souhaite, au moment où il le souhaite. Un monde où tout le monde ait un logement, partageant sa vie avec d’autres compagnons, d’autres amis, [où] la solidarité s’épanouisse entre tous nos peuples. Voilà le monde idéal pour moi, un monde sans  guerre, un monde de paix.
Mais une paix dans la dignité. Il est très important d’en tenir compte. Je ne veux pas d’une paix sans dignité. Par conséquent, un monde idéal doit être un monde où les hommes et les femmes s’épanouissent en tant qu’êtres humains et ont toute la capacité de dire : Vive la vie ! » . . .

AD: Pourrais-tu nous faire part de tes réflexions sur les luttes du Sud global ?

Aleida Guevara : « La lutte du Sud global est une expression, une façon de parler pour les peuples qui ne connaissent pas ce faste, appelé développement industriel, dont jouit une partie de l’humanité, notamment l’Europe, les États-Unis et le Canada.

Nous qui ne vivons pas cette réalité, nous qui sommes la matière première consommée pour que ces pays continuent à s’enrichir, c’est ce que nous appelons le Sud global. La lutte du Sud global doit commencer par l’unité de nos peuples.

S’il n’y a pas d’unité entre nous, nous n’aurons pas la force suffisante pour mettre un terme à cette réalité ;

Pour empêcher ces gouvernements de continuer à exploiter nos ressources, à piller nos terres et à dévaster l’humanité.

En ce sens, l’unité est le mot-clé.

Si nous ne parvenons pas à surmonter les difficultés, les absurdités auxquelles sont confrontés de nombreux êtres humains, nous ne pouvons pas trouver la force nécessaire pour changer cette réalité, pour changer ce monde, pour créer un monde plus juste pour tous, où chacun aurait droit à une vie épanouie, à une bonne santé, à une éducation complète, à un toit au-dessus de sa tête, à ressentir la joie du vent qui souffle autour de nous, en sachant que nous pouvons nourrir nos enfants chaque jour, en sachant que nous pouvons prendre soin de nos aînés avec tout l’amour et la tendresse qu’ils méritent.

Pour cela, l’unité est indispensable. Si nous ne brisons pas les barrières qui nous divisent, celles qui nous ont maintenus dans cette situation pendant des siècles, si nous ne parvenons pas à faire tomber ces murs, nous ne pourrons pas construire un monde différent pour nous tous.
La lutte du Sud global est la lutte de l’humanité. » . . .

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