DESARMAMENT & SECURITE .
Un article de Pressenza
Quand on parle de révolution, on imagine souvent uniquement des foules envahissant les rues de manière spectaculaire, parfois avec violence, prenant d’assaut des bâtiments symboliques, etc., mais il existe une forme de révolution plus silencieuse qui est en train de germer un peu partout sur la planète, depuis la base sociale jusqu’aux initiatives de certains dirigeants inspirés et qui n’est bien évidemment pas montrée sur les médias officiels…
Afin de mettre en lumière toutes ces contributions positives qui émergent à travers la planète, en 2009, un idéaliste donquichottesque, Rafael de la Rubia, s’inspira et proposa cette folie : faire le tour de la planète avec une Marche Mondiale pour la Paix et la Nonviolence ; avec le soutien de Silo et la collaboration d’amis humanistes du monde entier, la 1MM fut donc lancée avec une équipe multiculturelle d’une douzaine de personnes qui parcourut différents continents, depuis un lieu symbolique en Nouvelle-Zélande jusqu’à Punta de Vacas (Argentine), en passant par l’Inde sous les auspices de Gandhi.

Ce périple de 93 jours a traversé 97 pays sur les cinq continents ; il ne s’agissait pas tant de marcher physiquement que de mettre en lumière, tout au long du parcours, des initiatives en faveur de la paix et de la nonviolence, ou encore d’inspirer d’autres personnes à mener des actions dans ce sens, que ce soit dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’écologie ou de la politique, avec bien sûr des marches, mais aussi des concerts, des journées thématiques et d’autres types d’événements tant sociaux que culturels.
Mais comment cela s’est-il fait ? Avec quels moyens ? Cela s’est fait de manière totalement autonome, sans soutien financier d’aucune institution, sans aucune publicité commerciale de multinationales, mais avec des collaborations ponctuelles lors de nos manifestations et campagnes selon les lieux, de manière à ne jamais mettre en péril notre liberté d’expression ni compromettre nos positions.
Ensuite les 2e et 3e marches : cette première marche s’étant déroulée sans incident majeur, avec la volonté claire de continuer de diffuser ces idéaux de nonviolence, on envisagea la possibilité d’en organiser une deuxième dix ans plus tard, en 2019 ; c’est ainsi qu’eut lieu la 2e Marche, qui, cette fois-ci, fit le tour complet de la planète : partie de Madrid, elle y est revenue 159 jours plus tard, après avoir traversé 51 pays et 122 villes. Entre-temps, elle avait inspiré un groupe de femmes, qui prirent l’initiative de marches régionales en Amérique centrale et en Amérique latine ; on n’a pas attendu dix ans pour la suivante, mais seulement cinq. La 3e Marche a donc eu lieu en 2024-2025, au départ du Costa Rica (le pays qui a supprimé son armée en proclamant la paix au monde) pour y revenir également. Toutes ces marches ont suivi les mêmes critères, tout en adaptant une partie de la thématique initiale aux lieux et à l’époque.
Et aujourd’hui ? Nous y voilà !
Compte tenu de la situation mondiale marquée par une multiplication des conflits, qui complique d’autant plus les déplacements, et où les contraintes économiques liées à l’organisation d’un parcours international pesaient lourdement, il a été décidé de changer de format : une marche serait organisée dans chaque ville, c’est-à-dire entre les dates symboliques que sont le 21 septembre, Journée internationale de la paix, et le 2 octobre, Journée internationale de la nonviolence, à un jour près.
À notre connaissance, à ce jour, la 4ème Marche « Dans ma ville » a eu lieu dans plus de 200 villes réparties sur les différents continents qui ont organisé des activités telles que des marches, des symboles humains et des manifestations culturelles. On peut citer entre autres pays : le Népal, le Bangladesh, l’Inde et les Philippines en Asie ; la Colombie, l’Argentine, le Brésil et l’Équateur en Amérique ; l’Italie, l’Espagne, la France, le Danemark et la Grèce en Europe ; le Sénégal et le Bénin en Afrique…
L’objectif est d’atteindre 1 000 villes, en poursuivant ainsi chaque année jusqu’en 2029 pour célébrer les 20 ans de la première Marche mondiale ; c’est-à-dire que chaque année, pendant ces journées, des activités se dérouleront dans le plus grand nombre possible de villes à travers le monde. Nous sommes passés d’un parcours géographique à l’organisation d’un maximum d’événements simultanés pour envoyer un signal au monde entier ; nous comprenons bien sûr que, pour que cela ait un impact, la question de la communication est primordiale…
(Voir suite sur colonne de droite. . . )
(Cliquez ici pour une version en anglais. ou cliquez ici pour une version en espagnol. .)
The World March for Peace and Nonviolence: What is its history and its effects?
( . . . suite)
Qu’est-ce qu’a permis et continue de faciliter la Marche Mondiale ?
D’une part, ouvrir des portes à différents niveaux afin de pouvoir transmettre notre approche :
À des personnes exerçant une certaine influence dans leur milieu, qu’il s’agisse de personnalités du monde de la culture, d’intellectuels ou d’hommes politiques qui ont reçu la délégation de la marche ou participé à des journées et à des forums.
Également au niveau des institutions et des organismes internationaux, avec lesquels nous continuons à collaborer, tels que Mayors for Peace, le WILPF, le Sommet des lauréats du prix Nobel de la paix, Peace Boat, la campagne de l’ICAN pour l’interdiction des armes nucléaires, l’Initiative « Religions unies », la Fédération de la Terre, entre autres, multipliant ainsi les liens et les possibilités…
Éducation : dans les écoles, on a encouragé la mise en place d’ateliers, l’organisation de journées thématiques et la réalisation de symboles humains de la paix et de la nonviolence ; ces symboles, également réalisés à de nombreuses autres occasions, ont permis, de manière ludique, de sensibiliser les personnes à ce que signifient, d’une part, la paix et, d’autre part, la nonviolence. Il a également été proposé d’assumer l’engagement éthique de ne jamais utiliser ses connaissances acquises pour nuire à un autre être humain.
Universités : l’expérience de la Marche a considérablement favorisé les rencontres avec et entre des universités de différents pays et continents, créant progressivement des relations et des possibilités de collaboration, d’où l’idée de construire un réseau international d’universités pour la paix et la nonviolence active. Il convient de souligner, dans le cas de l’Italie, la collaboration avec l’Université de Pérouse, où s’est tenue une rencontre réunissant plus de 40 recteurs et où un protocole d’accord est en cours d’élaboration, ainsi que l’Université de la paix des Nations unies, dont le siège se trouvait initialement au Costa Rica et qui est désormais implantée à Rome. Les universités peuvent jouer un rôle fondamental en tant que lieux de formation, de recherche et de production de connaissances.
Culture : L’ouverture vers d’autres cultures et entre elles au travers de concerts et expositions d’artistes partageant certaines de leurs œuvres. Aussi « le simple fait de savoir qu’il y a, ailleurs un peu partout sur la planète, des gens qui œuvrent eux aussi pour la paix et la nonviolence encourage à continuer d’agir avec espoir ». En effet, mettre en lumière des actions qui ne bénéficient en principe d’aucun soutien et ne sont pas relayées par les médias, ouvre l’esprit des gens qui, bien souvent, pensent que leur problème de violence leur est propre, tout comme les possibles solutions.
Approfondir ce que signifie réellement la nonviolence et appliquer sa méthodologie d’action dans la vie quotidienne.
Sans oublier que la 1re Marche Mondiale a donné lieu à la création de Pressenza, l’agence de presse internationale humaniste active aujourd’hui dans de nombreux pays
Pour conclure, il convient de souligner un thème clé, un concept de cette marche. Il s’agit d’encourager l’extension numérique et géographique de toute initiative en faveur de la paix et de la nonviolence : inviter toute personne ou tout collectif à reproduire et amplifier n’importe quelle action, grâce aux contacts de la marche. Par exemple : une chorale d’une ville X entre en contact avec une autre avec l’objectif de générer un réseau de 1 000 chorales pour la paix ; afin de faciliter la multiplication de symboles humains, un mode d’emploi a été rédigé en plusieurs langues pour qu’il puisse être reproduit n’importe où et à n’importe quelle échelle.
L’idée est de sortir de notre zone de confort pour élargir et multiplier l’écho de ce que l’on fait, tant en taille qu’en nombre et en lieux, en créant ces réseaux de nonviolence. Aller au-delà des demandes de paix et du pacifisme, qui réclament la fin de guerres pour avancer vers l’installation d’une véritable culture de la nonviolence.
Alors oui, nous continuons d’agir parce que nous pensons et nous sentons que c’est la tentative qui en vaut la peine.
– – – – – –
Si vous souhaitez faire un commentaire sur cet article, vous pouvez écrire à coordinator@cpnn-world.org avec le titre “Commentaire sur (nom de l’article)” et nous mettrons votre commentaire en ligne. En raison du flot de spams, nous avons arrêté l’application directe des commentaires.