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Entretien avec membres de Combatants for Peace

DESARMAMENT & SECURITE .

Les membres du mouvement israélo-palestinien « Combatants for Peace » luttent pour la paix aux côtés des Palestiniens en Israël. Voici des extraits d’articles parus sur Pressenza : première partie et seconde partie, publiés sous licence Creative Commons (CC BY 4.0).

Les deux représentantes de « Combatants for Peace », Iris Gur (Israël) et Mai Shahin (Palestine), participent à l’exposition « Re-imagine-Peace » à Florence. Elles sont invitées toutes les deux à la projection du film « There Is Another Way ». Daniela, Bezzi de Pressenza les a interviewées.

D. B : commençons par vos histoires personnelles : comment avez-vous adhéré à « Combatants for Peace » ?

Iris Gur : Tout au long de ma vie professionnelle, j’ai travaillé dans le domaine de la formation en tant qu’institutrice et chef d’établissement. La formation, pour moi, a toujours été une façon de vivre plutôt qu’un métier que je me serais choisi pour moi-même. J’ai grandi dans une famille juive israélienne sioniste. Mes parents sont arrivés en Israël après la Deuxième Guerre mondiale en tant que réfugiés européens et j’ai grandi avec des histoires sur l’holocauste et la survie. Je n’ai connu qu’un récit, celui suivant lequel le peuple juif avait été persécuté depuis toujours, ce qui ne nous aurait pas laissé d’autre choix que de nous défendre nous-même et notre propre petit pays. Tout ce que je savais des arabes, c’était qu’ils voulaient nous anéantir.

Mon père était officier de l’armée. J’ai donc grandi dans des bases militaires, j’étais très fière de l’armée israélienne, je la croyais invincible. Pendant la plus grande partie de ma vie, je n’ai pas eu une seule occasion de découvrir le point de vue palestinien, et pas davantage de me faire des amis arabes. J’emploie en toute connaissance de cause le terme « arabe », parce que dans mon entourage, le mot « palestinien » n’existait même pas. Quant au concept d’occupation, il m’était tout aussi étranger.

Aujourd’hui, je le sais pertinemment, il m’a fallu des années avant que ma vision du monde ne laisse entrevoir quelques fissures ; fissures que je n’ai pourtant jamais laissé prendre trop d’importance. La personne qui a définitivement modifié mon point de vue, c’est ma sœur Noah. Il y a onze ans, elle avait 17 ans alors, elle a décidé de renoncer à faire son service militaire. Devant moi, s’ouvrait un monde tout à fait nouveau, plein de valeurs, d’idées et de nouvelles communautés.

Sa décision lui a valu quatre mois de prison militaire ; pour moi, c’est le début d’un voyage initiatique, un voyage qui allait me confronter à la réalité de l’occupation, de l’apartheid, et surtout au peuple palestinien.

Si j’ai décidé de rejoindre les Combatants for Peace, c’est que j’avais accepté l’idée que, je ne pourrais transformer concrètement la réalité dans laquelle nous vivions qu’en travaillant en étroite collaboration avec les Palestinien.ne.s et en m’appuyant sur l’action non violente.

Mai Shahin : Je ne suis pas venue à Combatants for Peace sur un coup de tête. J’ai adhéré à l’organisation au cours d’un long processus, qui a pris corps au fil des récits de la vie sous l’occupation en Cisjordanie, là où les contrôles étaient de nature politique, certes, mais aussi physique, émotionnelle et psychologique. C’est l’organisation qui détermine nos mouvements, nos relations et notre capacité à nous représenter un avenir qui dépasse la simple survie. Dans ce contexte, la résistance n’a rien d’abstrait — c’est le quotidien.

Et pourtant, avec le temps, j’ai commencé à me poser une question plus prégnante encore : comment pouvons-nous exercer une résistance sans perdre notre propre humanité ? C’est cette question qui m’a amenée à travailler sur le traumatisme, sur la guérison collective et à la communication non violente.

Il m’est alors apparu de plus en plus clairement que l’occupation ne se borne pas à contrôler le pays, elle a aussi pour effet d’envahir les systèmes nerveux, de détruire la confiance, d’isoler les communautés, de susciter des cycles de violence susceptibles de se transmettre de génération en génération, tant qu’ils ne sont pas cassés.

Je suis donc entrée en contact avec Combatants for Peace. C’était la première fois que je rencontrais des Palestinien.ne.s et des Israélien.e.s que personne n’avait incité.e.s à occulter la réalité pour pouvoir discuter. Au lieu de quoi, nous avons été invité.e.s à rester tou.te.s ensemble à cette réalité tout en refusant que la violence puisse être une réponse.

Ce qui rend si particuliers les Combatants for Peace, c’est que l’organisation n’est pas seulement un lieu de dialogue, c’est aussi un mouvement commun de résistance, qui porte la conviction que la fin de l’occupation, le dépassement des systèmes de domination et la protection de la dignité humaine sont inséparables de relations qui restent à construire. Ce sont les deux faces d’un même combat.

Parallèlement à ce travail, et en étroite collaboration avec des Palestinien.ne.s, des Israélien.ne.s et des partenaires internationaux, j’ai créé Satyam Homeland. Cette organisation est née du même constat : la résistance suppose des endroits dans lesquels, même en pleine guerre, des gens peuvent apprendre à préserver leur humanité. Satyam Homeland est un lieu de socialisation dans lequel se retrouvent des Palestinien.ne.s, des Israélien.ne.s et des acteurs internationaux, qui veulent travailler sur le traumatisme et le travail de deuil, sur la guérison physique, la formation à la résistance non violente, le dialogue et le conte — et par là, prendre une part active au monde. L’organisation n’est pas séparée de Combatants for Peace, elle fait partie d’un écosystème plus grand : une partie incarne le courage politique de la résistance commune, l’autre partie, les pratiques collectives qui rendent possible un engagement non violent durable ; les deux sont en permanence en dialogue l’une avec l’autre.

Après le 7octobre 2023, cette relation s’est encore renforcée. Tandis que les Palestinien.ne.s de la bande de Gaza subissaient massacres et destructions massives, celle.ux de Cisjordanie étaient confrontés à une escalade de la violence, avec des attaques de colons et des expulsions, une situation qui ne pouvait que renforcer les envies réciproques de s’éloigner les un.e.s des autres. La peur et la douleur étaient immédiates, permanentes, étouffantes, ce n’était pas des concepts abstraits. Et pourtant, Combatants for Peace, a réussi à entretenir encore et toujours sa petite flamme. Nous ne nous sommes pas murés dans le silence, nous ne nous sommes pas éloignés les uns des autres. Nous avons continué à parler ensemble, il ne s’agissait pas d’embellir la réalité, mais de pouvoir s’y confronter ensemble. Nous avons pleuré ensemble. Nous avons parlé de ce qui s’était passé. Nous avions des divergences de vue, mais nous sommes restés ensemble.

Et finalement, nous avons posé la seule question qui vaille quand tout vole en éclats : et maintenant, que faire ? Une question que nous n’avons pu nous poser que parce que pendant des années, nous avons construit des relations telles qu’il nous a été possible de résister à une telle fracture.

Mon appartenance à Combatants for Peace, loin de n’être qu’une partie de mon travail, en est surtout le noyau central. Et c’est pour cette raison que je poursuis ce travail, même en Cisjordanie, où tout acte de résistance non violente, toute rencontre, suppose une réelle prise de risques en même temps qu’il est porté par sa propre importance, par la confiance et la responsabilité.

(Note de la rédaction : Deux questions/réponses de la première partie ont été omises :
1. DB : Cette année, Combatants for Peace fête ses 20 ans. Qu’est-ce qui, de votre point de vue, rend ce mouvement si attractif pour des jeunes gens ?
2. DB : C’est vraiment remarquable de voir combien d’organisations israéliennes et palestiniennes se sont réunies en une coalition. Quelles sont, à votre avis, les conditions essentielles pour ce type d’activisme, qui, au-delà de toute différence, repose sur une collaboration ?
Vous pouvez les retrouver ici.)

DB – Vous participez tous deux régulièrement à des actions de « présence protectrice ». Pourriez-vous nous raconter quelques moments marquants de votre expérience ?

Iris – Merci pour cette question ; elle me tient tellement à cœur qu’elle m’en donne les larmes aux yeux ! Je fais partie d’un groupe appelé « Jordan Valley Activists » (Activistes de la vallée du Jourdain). Fondé il y a environ 17 ans par des militants de l’organisation « Combatants for Peace », ce groupe est devenu une entité indépendante, grâce à l’initiative d’Israéliens qui accompagnent et assurent une présence protectrice auprès des bergers et agriculteurs palestiniens de la vallée du Jourdain.

Nous offrons une présence physique ainsi qu’une aide concrète — notamment de la nourriture, de l’eau, un soutien juridique et tout autre type de secours possible — aux dernières communautés qui continuent de résister face aux violences perpétrées par les colons et l’armée israélienne : arrêtés de démolition, menaces de déplacement, restrictions de pâturage, privation d’eau et de moyens de subsistance, etc.

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour un article de ce sujet en anglais..)

Question for this article:

How can a culture of peace be established in the Middle East?

( . . . suite)

J’ai commencé à participer à ces activités de « présence protectrice » en novembre 2023, alors que les violences perpétrées par les colons et l’armée s’intensifiaient considérablement. Ces violences ne visaient plus seulement les bergers dans les champs, mais aussi les familles au sein même de leurs foyers. Par conséquent, la présence des militants a été étendue pour assurer une couverture 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

J’ai noué des liens étroits avec une communauté particulière appelée « Farsiya al-Razala », composée de cinq familles incluant des enfants, des femmes et des personnes âgées. Il s’agit de l’une des dix dernières communautés de bergers subsistant dans la vallée du Jourdain ; malheureusement, pour elles aussi, le moment du déplacement forcé pourrait survenir très prochainement.

La semaine dernière, j’ai accompagné deux jeunes bergers qui faisaient paître leurs troupeaux dans une zone appelée Hammam al-Malih. Jusqu’à il y a quelques mois, une importante communauté y était établie : familles, champs, troupeaux, enfants et même une école primaire régionale. Tout a été détruit par l’État d’Israël. La population a été déplacée de force, alors même que les terres appartiennent à une église. De l’autre côté de la route, juste à côté de la communauté, se trouve une base militaire installée là depuis de nombreuses années.

Ces derniers mois, des soldats ont pris l’initiative de veiller à ce que — même après l’expulsion des familles et le déblaiement du site — les bergers des communautés voisines ne reviennent pas y faire paître leurs troupeaux. Auparavant, il y avait également une source qui fournissait de l’eau potable aux habitants comme aux animaux.

Le jour où je m’y suis rendu, les deux jeunes bergers nous ont demandé de ne pas les laisser seuls, car sinon, les soldats viendraient les arrêter. L’un d’eux nous a raconté une arrestation précédente :

« Des soldates, âgées de 18 ou 19 ans, nous criaient dessus tout en nous serrant les mains avec des colliers de serrage en plastique. Je leur ai demandé : « Pourquoi ? Il y a de la place pour tout le monde ici. Je demande juste à vivre en paix. » Les soldats nous ont crié : « Foutez le camp d’ici. » »

[Le jeune berger] a répondu : « Où devrions-nous aller ? Nous n’avons nulle part où aller. C’est chez nous. Nous vivons ici depuis toujours. » Ce jour-là, les bergers ont réussi à faire paître leurs troupeaux en toute tranquillité.

Hier, au même endroit, deux soldats sont arrivés et ont arrêté l’un de ces jeunes hommes. L’autre a réussi à s’enfuir. L’un des soldats a tiré en l’air avec son fusil M16 et a déclaré qu’il ne craignait personne. Le berger palestinien a été emmené, menottes aux poignets, vers une base militaire située à quelques kilomètres de là. Quelques heures plus tard, il a été relâché, couvert de bleus et de traces de coups. Ce n’est là qu’un récit parmi des centaines d’incidents quotidiens d’abus.

Yousef, un garçon de 13 ans ayant des besoins spécifiques, m’a appelée pour m’annoncer que sa famille avait reçu un ordre de démolition pour leur maison à Farsiya. Je ne savais que lui répondre. Ce jeune homme et sa famille n’ont pas d’autre foyer.

Mai – La « présence protectrice » est ce qui rend les choses bien réelles. Il s’agit de se tenir aux côtés de communautés soumises à une pression immédiate : agriculteurs, bergers, familles et enfants qui tentent de rester sur leurs terres et de mener une vie ordinaire dans des conditions extraordinaires.

En Cisjordanie, et tout particulièrement depuis le 7 octobre, le niveau de violence, d’incertitude et d’instabilité s’est accru. Au quotidien, ces communautés font face aux attaques de colons, aux incursions militaires et à une pression constante les poussant chaque jour au déplacement.

Dans ce contexte, cette présence n’a rien de symbolique. Elle constitue une forme de protection, mais aussi un acte de témoignage.

Elle transmet un message simple et essentiel : vous n’êtes pas seuls.

Parfois, cela prévient la violence ; parfois, non. Mais cela rompt systématiquement l’isolement, or l’isolement est l’un des principaux outils de l’oppression. C’est là que le lien avec les Combattants pour la paix devient tangible, car la mission des Combattants pour la paix ne se résume pas au dialogue : c’est une résistance commune en action.

La « présence protectrice » en est l’une des manifestations les plus manifestes sur le terrain. C’est aussi là que les pratiques incarnées et sensibles aux traumatismes issues de Satyam Homeland deviennent essentielles, car rester présent dans de tels moments exige un ancrage intérieur, et pas seulement une conviction politique.

Ces deux dimensions sont toujours présentes dans notre travail.

DB – Enfin et surtout : que pouvons-nous faire pour contribuer à votre initiative ?

Iris – Il y a beaucoup à faire. Au-delà du soutien financier, les gens peuvent se rendre sur place et participer, en tant que bénévoles internationaux, à des actions de présence protectrice. Cela comporte certes des risques : un risque physique de violence de la part des colons, ainsi que la possibilité d’être expulsé par les autorités israéliennes. Parallèlement, visiter la Cisjordanie et Israël est sans danger et permet d’acquérir une compréhension plus approfondie et plus juste de la réalité. Rien ne vaut le fait de voir les choses de ses propres yeux et de faire l’expérience directe de la réalité.

L’histoire nous a montré que la pression exercée par la communauté internationale peut influencer les dirigeants, modifier les politiques et même transformer le cours de l’histoire. Chacun peut agir en interpellant les médias, les responsables politiques, les artistes et les personnalités publiques, en faisant évoluer le discours public et en exigeant la fin immédiate de la violence, des exactions, de l’occupation, de l’apartheid et des déplacements de populations.

Cela implique d’exiger l’accès à l’eau et aux moyens de subsistance, la liberté de circulation ainsi que la libération des prisonniers et détenus palestiniens. Cela signifie exiger que tous les êtres humains soient libérés d’une existence marquée par la peur et la violence. Il faut revendiquer la sécurité, la liberté et l’égalité des droits pour toute personne vivant entre le fleuve et la mer.

La nature du débat doit changer : il ne s’agit plus de soutenir un camp contre l’autre, mais de comprendre que l’objectif doit être une vie sûre et libre pour tous les êtres humains.

Quatorze millions de personnes vivent entre la mer Méditerranée et le Jourdain : environ 7 millions de Juifs et 7 millions de Palestiniens. Aucun de ces deux peuples ne partira. Notre avenir est commun, que cela nous plaise ou non. La question n’est pas de savoir si nous vivrons ensemble, mais comment. Nos enfants méritent de grandir dans la liberté, la sécurité et la dignité.

Mai – La première responsabilité est la clarté. Rejeter totalement l’antisémitisme. Rejeter totalement l’islamophobie. Rejeter totalement le racisme anti-palestinien. Rejeter tout cadre qui attribue une valeur inégale à la vie humaine.

La deuxième responsabilité est la vérité. Nous ne pouvons bâtir la justice sur le déni. Nous devons être capables de nommer l’occupation, le déplacement de populations, les inégalités structurelles et la violence, sans recourir aux euphémismes.

La troisième responsabilité est de soutenir les mouvements qui conjuguent résistance et guérison. Car c’est ce qui rend possible une transformation à long terme.

Combatants for Peace incarne la colonne vertébrale politique de la résistance non violente et de la lutte commune. Satyam Homeland porte la dimension incarnée, émotionnelle et communautaire qui permet à cette résistance de perdurer sans s’effondrer. Ensemble, ils représentent quelque chose de rare : une manière de rester humain au cœur de la lutte.

Pour moi, en tant que femme palestinienne travaillant depuis la Cisjordanie, il ne s’agit pas de théorie. C’est une réalité quotidienne, façonnée par les risques, les responsabilités et le deuil, mais aussi par un engagement profond et la confiance née des liens que nous avons tissés par-delà les clivages.

C’est ce qui donne vie à ce travail. Car, en fin de compte, ce que nous bâtissons ne se limite pas à un changement politique. Il s’agit de la possibilité de rester pleinement humains tout en refusant les systèmes qui dénient leur humanité aux autres.

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Edgar Morin déplore « le silence du monde face au carnage à Gaza »

LIBRE CIRCULATION DE L’INFORMATION

Un article de L’Orient le Jour

(Note de l’editeur: Edgar Morin a décedé le 29 mai 2026 à l’age de 104 ans.)

Si les apparitions d’Edgar Morin se font rares, celle-ci restera sans doute comme l’une des plus marquantes. « Je suis à la fois ahuri et indigné par le fait que ceux qui représentent les descendants d’un peuple qui a été persécuté pendant des siècles (…) puissent non seulement coloniser tout un peuple (…) mais en plus, après le massacre du 7 octobre, se sont livrés à un véritable carnage, massif, sur les populations de Gaza ».


Figure intellectuelle extrêmement populaire en France, Edgar Morin est l’auteur d’une œuvre transdisciplinaire traduite en 27 langues et dans 42 pays. Photo AFP

Les yeux brillants et la voix aiguë, appuyant chacun de ses mots, le philosophe et sociologue français de 102 ans a livré un court plaidoyer le samedi 10 février [ 2024] devant une salle comble au Festival du livre africain de Marrakech, où il était l’invité d’honneur, déplorant « une tragédie horrible ». L’offensive israélienne a fait plus de 28.000 morts à Gaza depuis le début de la guerre il y a plus de quatre mois, selon le ministère de la Santé géré par le mouvement Hamas.

(Voir suite sur colonne de droite.)

(cliquez ici pour une version anglaise.

Question pour cet article:

Where in the world can we find good leadership today?

How can we best express solidarity with the people of Gaza?

(. . suite)

Juif résistant

Le message est d’autant plus fort qu’il provient d’un fils d’immigrés juifs originaires de Salonique, né Edgar Nahoum, et qui a rejoint la Résistance en 1943 en tant que lieutenant dans les Forces françaises combattantes formées par le général de Gaulle, adoptant par la suite son nom de résistant, Morin. Influencé par Marx, celui qui a étudié la philosophie, la psychologie, la sociologie et l’histoire de la science politique a toujours eu l’ambition de devenir ce qu’il appelle un « humanologue », ou de comprendre ce qu’est l’humain en croisant les savoirs.

L’extrait en question a été partagé des dizaines de milliers de fois sur X, où l’humanité de l’intellectuel a été largement saluée, y compris par certains responsables politiques français, à gauche sur l’échiquier. « Edgar Morin pense et parle juste pour le compte de tous ceux à qui il reste un sentiment humain face au génocide à Gaza » a loué sur X le chef de fil de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon. « Un siècle et un regard capable de s’indigner encore, de condamner les silences », a tweeté de son côté Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
Dans une récente tribune au Monde, Edgar Morin s’était déjà exprimé sur la tragédie de Gaza, tout en s’alarmant de la multiplication des conflits dans le monde et du réchauffement climatique. « Les crises s’entretiennent les unes les autres dans une sorte de polycrise écologique, économique, politique, sociale, civilisationnelle qui va s’amplifiant », avait-il écrit, avant d’appeler à « la résistance fondamentale de l’esprit » contre « la haine et le mépris ».
Dans sa dernière intervention, le sociologue a ainsi dénoncé « le silence du monde, le silence des États-Unis protecteurs d’Israël, le silence des États arabes, le silence des États européens qui se prétendent défenseurs de la culture, de l’humanité, des droits de l’homme ». Avant de conclure : « La seule chose qui reste, si on ne peut pas résister de façon concrète, c’est de témoigner ».

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Appel du prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel. Pour la Paix et l’Unité. « Écoutez la Voix des Peuples »

LIBRE CIRCULATION DE L’INFORMATION

Un appel du SERPAJ, Servicio Paz y Justicia

Nous, soussignées et soussignés de cet appel, sommes les protagonistes de nos propres vies et marchons aux côtés de nos peuples dans leurs luttes et leurs espoirs pour un monde plus juste et plus fraternel.

Nous exprimons notre profonde préoccupation et notre rejet le plus énergique face aux tentatives du gouvernement de Donald Trump, président des États-Unis, d’envahir le Venezuela. De telles actions violeraient les traités internationaux, les pactes, les protocoles et les déclarations de l’ONU, ignorant de manière flagrante la souveraineté et l’autodétermination des peuples.


Nous avons également à l’esprit les bombardements des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui constituent également une atteinte à sa souveraineté.

DES DÉCISIONS QUI METTENT EN DANGER LA PAIX MONDIALE

L’Amérique latine est une zone de paix. Une attaque contre le Venezuela est une attaque contre tout le continent.

NOUS EXIGEONS LE RETRAIT IMMÉDIAT des forces armées américaines des Caraïbes, dont les actions ont provoqué des attaques et la mort de pêcheurs innocents, coulant leurs bateaux sous le faux prétexte que le gouvernement vénézuélien est responsable du trafic de drogue aux États-Unis.

NOUS EXIGEONS du président Trump qu’il cesse ses menaces contre les gouvernements du Mexique, de la Colombie, de Cuba, du Brésil, du Venezuela et du Nicaragua, pays qui défendent leur souveraineté et leur liberté et ne se soumettent pas au colonialisme des États-Unis.

Le monde vit une profonde incertitude due aux guerres, aux conflits et à la famine dans diverses régions, facteurs qui mettent en danger la Paix Mondiale. Nous sommes confrontés à une escalade imprévisible : nous savons comment les guerres commencent, mais personne ne sait comment elles finissent.

(Cliquez ici pour la version anglaise de cet appel ou ici pour la version espagnole .)

Questions related to this article:
 
Where in the world can we find good leadership today?

Le génocide perpétré par Israël contre le Peuple Palestinien a provoqué un extermination qui fait souffrir l’humanité tout entière. Malgré le cessez-le-feu, Israël continue à causer des morts et la famine dans la Bande de Gaza, avec le soutien et la complicité des États-Unis et de plusieurs pays européens.

IL EST URGENT DE METTRE FIN À LA GUERRE ENTRE L’UKRAINE ET LA RUSSIE, en encourageant le dialogue comme seul moyen de résolution des conflits.

IL EXISTE UNE MENACE DE GUERRE NUCLÉAIRE QUI MET EN DANGER L’EXISTENCE DE LA PLANÈTE.

IL EST NÉCESSAIRE DE DÉSARMER LA RAISON ARMÉE.

Nous nous rappelons le passé pour éclairer le présent : le vécu de la Seconde Guerre mondiale, avec ses millions de morts ; les camps d’extermination nazis ; les blessures encore ouvertes causées par les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Il est nécessaire d’écouter la voix des « Hibakusha », survivants et témoins de cette horreur.

Nous élevons nos voix et EXIGEONS des gouvernants qu’ils « écoutent la voix des peuples ». Qu’ils se rappellent le passé pour éclairer le présent et construire la PAIX dans notre Maison Commune, la Planète Terre, aujourd’hui menacée. Ils doivent agir avec force et courage, sans se laisser dominer par la « suspension de conscience » et l’immoralité massive qu’impose le jeu de la guerre. C’est le grand vice de jouer avec la vie des gens, et cela conduit l’humanité vers une possible guerre nucléaire.

Trump doit respecter le droit international, la souveraineté des pays menacés et la Charte des Nations unies, qui déclare : « NOUS, PEUPLES DU MONDE, VOULONS LA PAIX ». Il doit retirer d’urgence les forces armées des Caraïbes, dont la présence menace la vie du peuple vénézuélien.

NOUS APPELONS les personnalités du monde entier, les représentants des religions, les organisations syndicales, les travailleurs ruraux, les mouvements sociaux, les peuples autochtones, les défenseurs des droits humains, les centres scientifiques et universitaires, les femmes, les enseignants, les jeunes, les mouvements étudiants, les artistes et les journalistes à joindre leur voix pour la paix et l’unité des peuples.     
                                                                                                                                  Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix, 1980
Buenos Aires, Argentine, 10 décembre 2025,  Journée internationale des droits de l’homme.

Vous pouvez signer l’appel ici

(Note de la rédaction : Merci à Alicia Cabezudo d’avoir transmis cet appel à CPNN.)

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Près de 1 000 manifestations « Les travailleurs contre les milliardaires » prévues aux États-Unis pour la fête du Travail

DROITS DE L’HOMME .

Article de Stephen Prager, publié sur Common Dreams (reproduit sous licence Creative Commons CC BY-NC-ND 3.0) (traduction par CPNN)

Syndicats et organisations progressistes prévoient près de 1 000 manifestations « Les travailleurs contre les milliardaires » aux États-Unis pour la fête du Travail afin de protester contre les attaques du président Donald Trump contre les droits des travailleurs. La journée d’action nationale a été organisée par la coalition May Day Strong, qui regroupe des organisations syndicales comme l’AFL-CIO, la Fédération américaine des enseignants et le Syndicat national des travailleurs de la santé, ainsi que des groupes de défense comme Americans for Tax Fairness, Indivisible, Our Revolution et Public Citizen.


Legende de photo: Des milliers de syndicalistes et de militants manifestent à Philadelphie pour le 1er mai 2025. (Photo : Philadelphia Democratic Socialists of America)

« Les syndicats et la société civile prévoient bien plus qu’un barbecue pour la fête du Travail cette année, car nous devons mettre un terme à la mainmise des milliardaires », affirme la coalition. « Les milliardaires volent les familles de travailleurs, détruisent notre démocratie et constituent des armées privées pour attaquer nos villes.»

Depuis son arrivée au pouvoir, l’administration Trump mène une guerre contre les droits des travailleurs. Parmi ses nombreuses autres actions, son administration a privé plus d’un million de fonctionnaires fédéraux de leur droit de négociation collective, ce qui a été qualifié de plus grand acte antisyndical de l’histoire américaine, et a considérablement réduit leurs salaires.

Il a également affaibli l’application des règles de sécurité au travail, supprimé les règles protégeant les travailleurs contre le vol de salaire et proposé la suppression du salaire minimum fédéral pour plus de 3,7 millions de travailleurs de la petite enfance et à domicile.

Malgré les efforts de Trump, les Américains croient toujours au pouvoir de l’action collective. Selon un sondage Gallup publié jeudi, 68 % des Américains déclarent approuver les syndicats, soit le niveau de soutien le plus élevé depuis le milieu des années 1960.

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour la version originale en anglais de cet article.)

Question for this article:

The struggle for human rights, is it gathering force in the USA?

(. . . suite)

« Comme tout mauvais patron, l’action collective est le meilleur moyen d’empêcher la prise de pouvoir », affirme la coalition sur son site web.

La coalition May Day Strong avait auparavant organisé des centaines de milliers de travailleurs pour descendre dans la rue à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, plus communément appelée « 1er mai ». Lundi, des rassemblements sont à nouveau attendus dans les 50 États américains.

Quatre mois plus tard, leur liste de griefs s’est encore allongée : les républicains ont depuis adopté une réduction d’impôts qui devrait faciliter ce qui est peut-être le plus grand transfert de richesse de l’histoire des États-Unis, avec des allégements fiscaux massifs pour les plus riches, financés par des coupes historiques dans le système de sécurité sociale.

« Il y a près de 1 000 milliardaires dans le pays, avec une fortune colossale de 6 000 milliards de dollars, et ce n’est toujours pas suffisant pour eux », a déclaré Saqib Bhattie, directeur exécutif du Centre d’action sur la race et l’économie, un autre groupe participant aux manifestations. Ils poussent les élus à réduire drastiquement Medicaid, les prestations du Programme d’aide nutritionnelle supplémentaire et le financement de l’éducation spécialisée afin de financer leurs allégements fiscaux. Nous devons récupérer l’argent des milliardaires. Nous devons faire adopter des lois pour taxer les milliardaires aux niveaux étatique et local. Nous devons nous organiser pour renforcer le pouvoir populaire nécessaire pour maîtriser leur argent.

Le groupe prévoit également de réagir aux attaques illégales de Trump contre les immigrants et à ses prises de contrôle militarisées des villes américaines.

« En cette fête du Travail », a déclaré Lisa Gilbert, coprésidente de Public Citizen, « nous poursuivons le combat pour notre démocratie, le combat pour l’âme de notre nation, le combat contre les manœuvres autoritaires vindicatives de Trump et de la classe des milliardaires visant à voler les travailleurs et à concentrer le pouvoir.»

« Il s’agit pour les travailleurs de se mobiliser et d’exiger ce qu’ils méritent, partout dans le pays », a déclaré Randi Weingarten, présidente de la Fédération américaine des enseignants. « Cette fête du Travail est vraiment différente, car il ne s’agit pas seulement des syndicats, aussi importants que nous soyons pour les travailleurs que nous représentons. Il faut que tous les travailleurs et toutes les familles de travailleurs disent « assez ». Les travailleurs et les familles de travailleurs méritent la générosité du pays.»

May Day Strong organisera un appel de masse national en ligne samedi. Les lieux des centaines de manifestations de lundi sont indiqués sur la carte du site web de May Day Strong.

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Nouvelle Caledonie – Kanaky : Le Mouvement de la Paix Appelle au Retour et à la Poursuite du Processus de Décolonisation

DROITS DE L’HOMME .

Une déclaration par le Mouvement de la Paix

Entamé il y a trente ans après l’issue tragique de la crise calédonienne des années 80, un processus a été mis en place, fondé sur la concertation et le respect mutuel entre les parties.

La situation actuelle qui rappelle les pires moments de 1988 remet brutalement en cause ce processus qui a assuré 30 ans de paix à la Nouvelle Calédonie – Kanaky. Elle est due à l’obstination du président de la République à imposer une loi constitutionnelle transformant le corps électoral de l’île.


Photo de Nicolas Job/SIPA, publié par Les Echos

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour une version anglaise de cet article.)

Question for this article:

What’s new in the struggle against colonialism?

(. . . suite)

Le 13 mai, le Congrès de Nouvelle Calédonie a demandé le retrait du Projet de Loi réformant la Constitution. Il avait déjà dénoncé le maintien d’un référendum en pleine pandémie. L’adoption de la réforme du corps électoral signifierait la fin du processus de décolonisation et romprait avec les engagements de la République Française.

Dans l’immédiat, le Mouvement de la Paix exige le report de la convocation du Congrès destinée à modifier la Constitution et le retrait du Projet de loi.

Dans un esprit de culture de paix, le Mouvement de la Paix appelle à restaurer le cadre d’un processus fondé sur l’impartialité de l’Etat et sur le dialogue, tel que l’ont respecté tous les présidents de la République depuis 25 ans. Le retour de l’esprit colonialiste, que ce soit pour contrôler des richesses minières comme le nickel ou pour conforter une présence militaire au service d’une stratégie géopolitique, ne peut qu’engendrer la violence. Il est de la responsabilité du Président Macron et du gouvernement de rétablir les voies du dialogue, sans ultimatum, ni coup de force, et dans le respect mutuel des différentes parties et dans le respect des Accords de Nouméa.

Seule une solution politique négociée et consensuelle pourra résoudre la crise et mener le processus de décolonisation à son terme.

Le Conseil National du Mouvement de la Paix

Malakoff, le 18 mai 2024

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Amnesty International:  Incarcéré depuis cinq ans au Royaume-Uni : la situation de Julian Assange est inacceptable

DROITS DE L’HOMME .

Un article de Amnesty International

Aujourd’hui, cela fait cinq ans que Julian Assange est détenu à Belmarsh, une prison de haute sécurité au Royaume-Uni. Alors qu’il s’oppose à la demande d’extradition déposée par les autorités américaines, Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré :

« Julian Assange a osé mettre en lumière des révélations sur des crimes de guerre présumés commis par les États-Unis. Il est inacceptable que des années de sa vie lui aient été volées. Il est toujours maintenu en détention arbitraire au Royaume-Uni pour des accusations motivées par des considérations politiques, portées à son encontre par les États-Unis pour avoir exposé au grand jour les actes répréhensibles qu’ils auraient commis. Les autorités américaines n’ont pas mené d’enquête exhaustive et transparente sur leurs crimes de guerre présumés. Elles ont préféré s’en prendre à Julian Assange parce qu’il a publié des informations qui lui avaient été divulguées – alors qu’elles étaient d’intérêt public. La persécution qu’il subit tourne en dérision les obligations incombant aux États-Unis au titre du droit international et leur engagement affiché envers la liberté d’expression.


(Cliquez ici pour une version espagnole de cet article, ou ici pour une version anglaise.)

Question(s) related to this article:
 
Julian Assange, Is he a hero for the culture of peace?

Is Internet freedom a basic human right?

« S’il est extradé aux États-Unis, Julian Assange risque fortement de subir des violations, notamment une détention à l’isolement prolongée, en violation de l’interdiction de la torture et d’autres mauvais traitements. Les assurances diplomatiques douteuses données par les États-Unis quant au traitement qui lui sera réservé n’ont absolument aucune valeur, d’autant qu’elles ne sont pas juridiquement contraignantes et sont criblées de lacunes.

« Julian Assange est recherché en raison d’activités fondamentales pour tous les journalistes et éditeurs, qui reçoivent souvent des informations sensibles pour le gouvernement de sources extérieures. Wikileaks a publié des éléments de preuve pointant des victimes civiles et des crimes de guerre présumés. La population a le droit de savoir si son gouvernement enfreint le droit international.

`Les autorités américaines ouvrent la voie à un désastreux précédent pour la liberté de la presse dans le monde si Julian Assange est extradé. Elles doivent abandonner toutes les accusations retenues contre lui, ce qui permettra aux autorités britanniques de le libérer sans plus attendre. »

Complément d’information

Julian Assange risque d’être jugé aux États-Unis au titre de la Loi relative à l’espionnage de 1917, une loi datant d’une période de guerre qui n’a jamais eu pour but de cibler le travail légitime des éditeurs et des journalistes. Il encourt jusqu’à 175 ans d’emprisonnement. Pour l’accusation d’utilisation abusive d’un ordinateur, il pourrait se voir infliger une peine maximale de cinq ans.

Le 26 mars, la Haute Cour du Royaume-Uni a reporté  l’audience pour permettre aux États-Unis de déposer de nouvelles assurances diplomatiques. La cour va réexaminer l’autorisation demandée par Julian Assange de faire appel de son extradition vers les États-Unis le 20 mai.

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La Cour internationale de justice va examiner 57 ans d’occupation israélienne

DROITS DE L’HOMME .

Un article de Human Rights Watch

Un grand nombre de pays et d’organisations internationales participeront aux audiences de la Cour internationale de Justice  (CIJ) sur l’occupation israélienne qui débuteront  le 19 février 2024, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui (16 fevrier). Cinquante-deux pays et trois organisations internationales participeront à la procédure orale, soit plus que dans toute autre affaire portée devant la CIJ – la plus haute juridiction du monde – depuis sa création en 1946.


La large participation aux audiences et les nombreuses communications écrites reflètent une dynamique mondiale croissante pour remédier à l’échec, depuis plusieurs décennies, à garantir le respect du droit international dans le Territoire palestinien occupé.
« La Cour internationale de Justice est appelée pour la première fois à examiner largement les conséquences juridiques de près de six décennies d’occupation et de mauvais traitements infligés par Israël au peuple palestinien », a déclaré Clive Baldwin, conseiller juridique senior à Human Rights Watch. « Les gouvernements qui présenteront leurs arguments devant la Cour devraient profiter de ces audiences historiques pour mettre en lumière les graves abus que les autorités israéliennes commettent contre les Palestiniens, y compris les crimes contre l’humanité que sont l’apartheid et la persécution. »

La procédure orale fait suite à une requête pour un avis consultatif  transmise par l’Assemblée générale des Nations Unies à la Cour en décembre 2022, au sujet des « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le Territoire palestinien occupé ». La Cour aura l’occasion d’aborder la question de l’occupation qui perdure, d’examiner les pratiques et politiques d’Israël violant l’interdiction internationale de la discrimination raciale et constituant les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution, et d’évaluer les responsabilités juridiques des autres pays et de l’ONU pour répondre aux violations du droit international découlant de l’occupation.

Bien que les avis consultatifs de la CIJ ne soient pas contraignants, ils sont souvent dotés d’une importante autorité morale et juridique, et peuvent, à terme, faire partie du droit international coutumier, qui est juridiquement contraignant pour les États.

Cette procédure, qui durera six jours, est distincte de l’affaire portée par l’Afrique du Sud  devant la CIJ, alléguant qu’Israël viole la Convention sur le génocide  dans le contexte des hostilités entre les forces israéliennes et les groupes armés palestiniens qui ont éclaté après les attaques menées par le Hamas le 7 octobre 2023.

En décembre 2003, l’Assemblée générale de l’ONU avait demandé  pour la première fois à la CIJ un avis consultatif concernant le Territoire palestinien occupé, au sujet de l’édification par Israël d’un mur dans ce territoire. En juillet 2004, la CIJ avait publié un avis consultatif  qui concluait que le tracé de ce mur de séparation violait le droit international, et appelait à son démantèlement.

(Cliquez ici pour une version anglaise de cet article.)

Question(s) related to this article:
 
How can war crimes be documented, stopped, punished and prevented?

Presenting the Palestinian side of the Middle East, Is it important for a culture of peace?

La demande adressée au tribunal en décembre 2022  a une portée plus large. L’Assemblée générale a demandé à la Cour de donner son avis sur les « conséquences juridiques de la violation persistante par Israël du droit du peuple palestinien à l’autodétermination, de son occupation, de sa colonisation et de son annexion prolongées » du Territoire palestinien occupé, ainsi que de l’adoption par Israël de « lois et de mesures discriminatoires connexes ». L’Assemblée générale a également demandé à la CIJ d’émettre un avis sur les « conséquences juridiques qui en découlent pour tous les États et l’Organisation des Nations Unies ».

Cette nouvelle demande donne à la Cour l’occasion de réévaluer la situation du Territoire palestinien occupé, deux décennies après son dernier avis consultatif à ce sujet, et de fournir des orientations juridiques dans le cadre du droit international humanitaire et du droit relatif aux droits humains. La Cour pourrait notamment évaluer les actions d’Israël au regard du droit international des droits humains, qui interdit la discrimination raciale, et au regard du droit pénal international, qui interdit les crimes contre l’humanité que sont l’apartheid et la persécution.

La CIJ tranche les différends entre États et émet des avis consultatifs sur le droit international. Cependant, la Cour n’a pas compétence sur la conduite de groupes armés non étatiques comme le Hamas. En revanche, la Cour pénale internationale (CPI) traite des crimes internationaux graves présumés commis par des individus, notamment par des membres de groupes armés. Le Procureur de la CPI a confirmé  que depuis mars 2021, son bureau mène une enquête  sur les atrocités présumées commises à Gaza et en Cisjordanie depuis 2014, et que la CPI est compétente a l’égard des crimes internationaux commis par toutes les parties aux hostilités actuelles entre Israël et les groupes armés palestiniens.

Human Rights Watch a précédemment conclu que les autorités israéliennes commettent les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution  contre les Palestiniens. Étant donné que les responsabilités d’une puissance occupante à l’égard des droits de la population occupée augmentent avec le temps, Human Rights Watch a également appelé Israël à accorder aux Palestiniens vivant dans les territoires occupés des droits  au moins égaux à ceux qu’Israël accorde à ses propres citoyens, en plus des protections du droit international humanitaire.

La CIJ est composée  de 15 juges élus par l’Assemblée générale des Nations Unies et par le Conseil de sécurité, pour un mandat de neuf ans. En juillet 2023, avant l’escalade des hostilités en octobre, 57 « exposés écrits »  avaient déjà été déposés par divers États et organisations internationales dans le cadre de la procédure. En octobre et novembre 2023, 15 autres États et organisations internationales ont déposé des observations écrites supplémentaires. Parmi les États et entités qui participeront à la procédure orale figurent la Palestine, l’Afrique du Sud, la Belgique, le Brésil, la Chine, les États-Unis, la France, l’Indonésie, la Namibie, le Pakistan, le Royaume-Uni, la Russie, la Suisse et l’Union africaine. Israël a soumis une déclaration écrite, mais a choisi de ne pas participer aux audiences.

La CIJ émettra son avis juridique ultérieurement, à une date qui n’a pas encore été déterminée. Compte tenu des précédentes pratiques de la Cour, il peut être supposé qu’elle émettra son avis avant la fin de l’année 2024.

L’ONU invitée à Soumettre son Appel à un « Cessez le Feu Immédiat à Gaza » pour la Signature du Soutien des Peuples du Monde

DROITS DE L’HOMME .

Une lettre de Mouvement de la Paix

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,

En tant qu’ONG membre de la commission ECOSOC des Nations Unies, nous avons participé début novembre, à Genève à l’ONU, à la réunion organisée par le Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des affaires politiques ; Monsieur Ryder. Nous avons apporté notre soutien à l’action des Nations Unies pour la résolution politique des conflits actuels et dans le cadre de la préparation du plan Avenir 2024 des Nations Unies.

Nous avons, lors de cette réunion, suggéré que l’ONU, au nom des Nations Unies et au nom de « Nous les peuples », prenne une initiative permettant aux peuples du monde entier, révulsés tant par les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 que par le carnage commis actuellement par le gouvernement israélien à Gaza dont sont victimes les populations civiles, d’exiger du gouvernement israélien qu’il cesse immédiatement les bombardements sur les populations civiles.


Si nous avons condamné les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 ce n’est pas pour accepter que le gouvernement d’Israël commette actuellement, avec les moyens d’un Etat, un carnage qui frappe des populations civiles.

(Cliquez ici pour une version espagnole de cet article, ou ici pour une version anglaise.)

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How can war crimes be documented, stopped, punished and prevented?

Nous avons apporté notre soutien aux familles de toutes les victimes qu’elles soient israéliennes ou palestiniennes et c’est au nom de notre Humanité commune que nous nous permettons de formuler une proposition auprès de l’ONU et de son Secrétaire général.

Face à une situation aussi inédite que monstrueuse et dangereuse, il faut prendre des décisions permettant à l’opinion publique, à « Nous les peuples », d’apporter notre soutien à l’exigence formulée par l’ONU d’un arrêt immédiat des bombardements sur Gaza et d’une aide humanitaire d’urgence.

Nous proposons que l’ONU soumette, avec les moyens et les formes adaptées, à signature de soutien par les peuples au plan mondial, son appel « à un cessez le feu immédiat à Gaza » : que cessent les bombardements dont sont victimes des milliers de femmes et d’enfants, que soit mise en œuvre immédiatement une aide humanitaire permanente pour répondre aux souffrances intolérables subies par les populations et faire face à une crise alimentaire et humanitaire catastrophique.

Cet appel à soutien pourrait être lancé par les moyens et avec les mots appropriés, dans toutes les langues possibles. A quelques jours de la Journée internationale des droits de l’homme ce serait une manière de « proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme dans la dignité et la valeur de la personne humaine » comme le proclame le préambule de la Charte des Nations Unies.

Par la même occasion, nous exprimons notre soutien à l’action des Nations Unies pour la construction d’un monde de Paix.

Recevez, Monsieur le Secrétaire général, l’expression de nos salutations respectueuses.

Pour Le Mouvement de la Paix

Roland NIVET, Porte-parole national du Mouvement de la Paix

Paris, le vendredi 8 décembre 2023

Les syndicalistes autochtones réclament plus d’inclusion et de solidarité : « Nous ne sommes pas là juste pour entonner des chants et réciter des prières »

DROITS DE L’HOMME .

Un article de Equal Times (publié sous Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International licence)

À travers le monde, plus de 476 millions de personnes (soit 6,2 % de l’humanité) appartiennent à des peuples autochtones, coexistant presque toujours avec les sociétés qui ont colonisé leurs terres ancestrales il y a des centaines d’années. Au XXIe siècle, au terme d’un long parcours au cours duquel leur identité, leur langue ou une partie de leur culture n’ont pas toujours survécu à l’oppression coloniale, les peuples autochtones ont connu des avancées significatives dans différentes régions du monde. Toutefois, les défis qu’ils doivent relever, tels que la discrimination et le manque d’opportunités, ne leur permettent pas de s’intégrer équitablement au marché du travail. Quatre travailleurs autochtones sur cinq gagnent leur vie dans des emplois informels, tandis que les autres travaillent dans des secteurs extrêmement précaires, souvent exposés à toutes sortes d’abus et ne bénéficiant d’aucune protection sociale.

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, instaurée par les Nations unies en 1982, et de l’appel lancé par la CSI  aux gouvernements du monde entier à signer la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux  (C169) de l’Organisation internationale du travail (OIT) (qui, bien que lancée en 1989, n’a été ratifiée que par 24 pays), Equal Times s’est entretenu avec trois dirigeants syndicaux d’origine autochtone, issus de trois continents afin de dresser un tableau plus précis de la situation.


 Des dirigeants syndicaux maori, sami et mapuche s’entretiennent avec Equal Times. De gauche à droite : Laures Park (Nouvelle-Zélande), David Acuña (Chili) et Sissel Skoghaug (Norvège). (Equal Times/Composition by Fátima Donaire)

David Acuña Millahueique, président de la Central Unitaria de Trabajadores de Chile (CUT Chile), la principale organisation syndicale de son pays, nous parle depuis les Amériques. M. Acuña, qui devenait il y a un an le premier dirigeant d’origine mapuche à prendre la direction de cette organisation multisyndicale, participe actuellement au processus historique de création d’une nouvelle constitution pour le Chili. Dans ce cadre, la CUT s’efforce de cimenter la liberté d’association et le travail décent en tant que droits fondamentaux garantis dans un pays dont la constitution actuelle, en vigueur depuis la dictature militaire (1973-1990), ne contient pas encore de dispositions relatives aux droits du travail.

En Europe, c’est Sissel Skoghaug, vice-présidente de la Confédération syndicale norvégienne (LO) depuis dix ans et représentante du peuple sami  (également connu sous le nom de Lapons), l’ancien groupe ethnique nomade de l’Arctique, seul peuple autochtone encore présent sur le continent, qui s’entretient avec Equal Times.

En Océanie, nous avons parlé avec Laures Park, qui occupe la fonction de Matua Takawaenga (« médiateur en chef » en maori) du syndicat néo-zélandais des enseignants (NZEI Te Riu Roa), où elle intervient non seulement en tant qu’agent de liaison principal pour tout ce qui concerne les peuples indigènes de l’île, mais aussi, dans la pratique, en tant que dirigeante adjointe du syndicat en l’absence de la secrétaire nationale, ce qui constitue également tout un accomplissement symbolique pour les Maoris.

Dans votre pays, quelle est la situation actuelle des peuples autochtones en termes d’intégration ou de discrimination sur le plan social et professionnel ?

Laures Park (L.P.) : En Nouvelle-Zélande, la discrimination est toujours présente. Les problèmes sont nombreux, mais on observe aussi une forte intégration. Tout dépend des conditions socio-économiques et géographiques. Les Maoris, qui représentent environ 12 % de la population nationale, ont tendance à occuper les emplois peu rémunérés à forte intensité de main-d’œuvre. Ils occupent généralement des postes de préposés au nettoyage, d’éboueurs et de jardiniers paysagistes… ces types d’emplois. Certes, il y a aussi beaucoup de Maoris qui s’installent en ville et trouvent un emploi dans la fonction publique, mais il faut déménager pour trouver ce genre de postes. Du point de vue de la pauvreté, le taux est probablement très élevé pour les autochtones en Nouvelle-Zélande, en raison du manque d’accès à l’éducation dans leur région d’origine ainsi que du manque d’emploi.

Sissel Skoghaug (S.S.) : Le peuple sami a subi tellement d’injustices. Les autorités ont pratiquement réussi à dépouiller tout un peuple de son identité et de sa langue. Comme l’a récemment conclu la Commission Vérité et Réconciliation, ceci est également vrai pour le peuple Kvène et les Skogfinns (« Finlandais de la forêt »). [Cependant], en Norvège et dans certaines parties de la Suède, la culture samie a connu une très forte renaissance au cours des quatre dernières décennies. Les jeunes et un certain nombre de personnes de ma génération se réapproprient l’héritage perdu depuis deux ou trois générations.

David Acuña Millahueique (D.A.M.) : La situation professionnelle des personnes d’origine autochtone découle de l’intégration forcée de la société autochtone dans la société dominante des colonisateurs. Avant d’en arriver à la situation actuelle, il y a même eu des étapes d’esclavage, qui ont consisté à travailler d’abord dans des activités à revenus très faibles, en tant que travailleurs journaliers, apprentis charpentiers, maçons, boulangers, etc. Nombre de ceux qui ont migré de la campagne vers la ville exerçaient ces types de métiers, tandis que la majorité des femmes autochtones étaient employées de maison et chargées de soins. À l’heure actuelle, un pourcentage significatif des nouvelles générations a accédé à l’éducation formelle, de sorte que nous passons de travailleurs qui, par le passé, ne savaient ni lire ni écrire à ceux qui sont désormais alphabétisés, permettant ainsi des degrés de mobilité sociale minimes dans certains cas.

Qu’en est-il de la reconnaissance et du respect des cultures, des langues et des droits des peuples autochtones, et de leur intégration dans le monde du travail ?

S.S. : En Norvège, aujourd’hui, nous disposons d’un Parlement sami (Samediggi), créé en 1989. Il s’agit de l’organe représentatif du peuple sami dans le pays, qui encourage les initiatives politiques et est compétent pour un certain nombre de questions. Parallèlement, la principale langue samie est également une langue officielle en Norvège. De nombreux progrès ont été accomplis depuis que l’assimilation et la discrimination étaient encore officiellement à l’ordre du jour.

L.P. : En Nouvelle-Zélande, la situation oscille d’un extrême à l’autre. Tout un pan de la population ignore tout de la question ou n’en a cure, parce que les Maoris n’ont aucune incidence sur leur vie. Mais il y a aussi une autre partie de la population qui apprend la langue et participe aux coutumes, et qui est très impliquée dans tout ce qui se passe dans le système éducatif [où il existe un certain nombre d’écoles sélectionnées où la langue maorie est enseignée à tout le monde dès la petite enfance].

Une génération entière de Maoris parle uniquement le maori, et leur famille ne parle que le maori lorsqu’ils sortent et vivent leur vie, ce qui peut causer quelques tensions avec d’autres personnes, principalement des « blancs ». Mais à l’inverse, lorsque nous sommes au centre-ville, d’autres sont ravis d’entendre parler le maori dans la communauté. La situation varie donc. Il y a des gens qui voient cela comme : « Oh, mon Dieu, vous essayez de dissimuler quelque chose », et d’autres qui pensent que c’est tout simplement charmant de l’entendre. Nous avons une chaîne de télévision maorie et le nombre de non-Maoris qui la regarde est tout simplement incroyable. Donc, comme je l’ai dit, [la situation] varie.

D.A.M. : Au Chili, le processus d’intégration des autochtones a été fortement marqué par la discrimination sociale, mais aussi, souvent, par la discrimination au travail et la discrimination raciste, qui ont entraîné des pertes culturelles irréparables, comme la pratique de notre propre langue maternelle, en particulier pour la troisième génération [de Mapuches qui se sont installés dans les villes au milieu du XXe siècle]. Nous sommes devenus des migrants dans notre propre pays, parce que nous avons dû aller dans les villes plus développées, et avec ces processus de migration et d’intégration, nous avons tout perdu, depuis notre langue jusqu’à nos propres coutumes.

Les premières générations de migrants autochtones ont dû se conformer à un nouveau mode de vie et, bien entendu, se comporter « à la chilienne ». En fin de compte, on a fini par être « à moitié “chiliennisés” », en essayant souvent de cacher ou de déguiser ses origines mapuches, et cela s’est enraciné, au point d’éviter même d’utiliser notre propre langue et nos propres coutumes, tout cela pour tenter d’adopter les caractéristiques d’une société qui n’était pas la nôtre, afin de s’y adapter. Ce n’est qu’à partir de la quatrième génération, à laquelle j’appartiens, qu’un processus graduel d’auto-identification avec nos origines a commencé à se mettre en place. De fait, au cours des cinq ou six dernières années, le drapeau mapuche lui-même a fait l’objet d’une revendication, qui s’est manifestée en 2019 lors de l’explosion sociale, au cours de laquelle l’un des symboles les plus populaires et les plus visibles des manifestations a été ce drapeau mapuche. Il a presque causé un boom commercial, car le drapeau mapuche se vendait soudainement comme des petits pains. Cela montrait qu’une identité que nous avions perdue jusque-là était enfin remise à l’honneur.

(Cliquez ici pour une version espagnole de cet article, ou ici pour une version anglaise.)

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The right to form and join trade unions, Is it being respected?

Indigenous peoples, Are they the true guardians of nature?

Votre pays a-t-il ratifié la Convention de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux (C169) de 1989 ? Comment a-t-elle affecté la vie des peuples autochtones actuels dans votre pays ? Quelle importance revêt la convention C169 pour votre peuple ?

S.S. : En 1990, la Norvège a été le premier pays à ratifier la convention 169 de l’OIT. Je suis fière du rôle joué par la confédération syndicale norvégienne dans la mise en œuvre de la Convention 169 de l’OIT, adoptée d’abord dans notre propre pays. Outre la Constitution et la loi sur les Samis, la Convention 169 de l’OIT est l’un des piliers de la politique norvégienne à l’égard des Samis. La Convention 169 de l’OIT est un monument à l’esprit collectif de coopération qui caractérisait la Norvège au début des années 1990. Cet esprit collectif a également permis à la population majoritaire de traverser une période difficile de chômage et de troubles financiers et politiques.

L.P. : En Nouvelle-Zélande, le gouvernement ne l’a pas ratifié. Sa justification est que nos nouvelles lois doivent se conformer à un grand nombre d’autres lois antérieures avant de pouvoir la ratifier. Pour nous, cela ne change rien. Si nous voulons faire valoir un point de vue, nous continuerons d’utiliser la C169, qui a toujours du poids. D’une certaine manière, [le fait que la Nouvelle-Zélande n’ait pas ratifié la convention C169] renforce probablement notre argument.

D.A.M. : Pour sa part, le Chili l’a ratifiée en 2008. L’État chilien a ainsi adopté une politique publique de reconnaissance des peuples autochtones et s’est engagé à mettre en place des politiques de reconnaissance et de respect à l’égard de cette composante de la société. Lorsque des politiques nationales susceptibles d’affecter les conditions sociales, culturelles, politiques et environnementales dans lesquelles évoluent les communautés autochtones sont élaborées, une consultation est toujours organisée. À ce jour, nous en sommes restés là, mais il s’agit d’une avancée importante, car cet outil permet aux communautés autochtones de s’exprimer sur les questions qui auront un impact direct sur elles, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Pourquoi avez-vous adhéré à un syndicat, quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre environnement de travail et dans les syndicats eux-mêmes, simplement en raison de votre appartenance à une communauté autochtone ?

L.P. : J’y ai adhéré lorsque j’étais enseignante. Il y a de nombreuses années, nous avons discuté de la manière d’encourager les Maoris à s’intéresser aux syndicats. C’est à ce moment-là que le mouvement est devenu beaucoup plus pertinent pour moi. Et depuis lors, c’est ce qui m’a poussé à faire en sorte que les syndicats travaillent pour les Maoris.

Nous avons un dicton, donné par un très ancien tipuna [ancêtre], qui dit qu’« il n’y a qu’un seul chas d’aiguille par lequel tous les fils doivent passer : le blanc, le rouge, le noir. » Pour notre syndicat, ce sentiment est exactement celui auquel nous croyons que les gens devraient adhérer, car ce n’est qu’en s’unissant et en allant dans la même direction que l’on peut faire avancer les choses. Sinon, nous tirons les uns contre les autres.

D.A.M. : Je travaille depuis que j’ai 17 ans ; j’ai dû subvenir aux besoins de ma famille dès mon plus jeune âge et j’ai toujours été étroitement lié au travail. Lorsque j’ai commencé à découvrir le monde syndical, un jour, un syndicat est venu chercher des délégués au supermarché où je travaillais et deux camarades se sont présentés comme délégués. On pouvait en élire trois, et ces personnes-là n’avaient aucune conscience de classe ; on pourrait dire qu’elles n’étaient pas vraiment pro-travailleurs, elles étaient plutôt pro-patronat et elles étaient très proches de l’entreprise. J’ai donc dit : « Non, si nous voulons lutter pour les droits des travailleurs, nous devons conclure des accords avec l’entreprise, mais aussi avoir des désaccords et lutter pour les droits auxquels nous croyons ». Ça a été un moment, une décision, pour dire : « soit je continue à regarder le statu quo en spectateur, soit je provoque un certain changement », et j’ai choisi de provoquer un changement, avec les sacrifices que cela implique aussi.

Vu la position de leader que vous avez atteinte au sein de votre organisation, qu’est-ce que cela symbolise pour vous et pour la suite de la lutte pour les droits des autochtones ?

D.A.M. : C’est une source de fierté pour moi et ma famille. Ma première Fête du 1er mai en tant que président a été une date marquante pour moi. Ce jour-là, j’ai reconnu mon identité et j’ai affirmé : « Je suis un travailleur du commerce, je suis Mapuche et je viens d’une communauté autochtone de Lleulleu, dans la région de Los Ríos ». Plus qu’un dirigeant syndical, je me considère comme un travailleur et je reconnais également aujourd’hui mon héritage historique : ma mère a émigré du sud du Chili vers la capitale et nous avons perdu notre langue, nous avons perdu une partie de notre culture, mais nous n’avons pas perdu le lien avec le territoire. Il est très important pour moi de le reconnaître, car je suis fière de représenter aujourd’hui, à ce poste, un peuple aussi combatif que l’était et l’est encore le peuple mapuche dans sa revendication territoriale – qui est toujours latente à ce jour.

S.S : Avec le temps, j’ai découvert que ma propre famille avait perdu la majeure partie de son identité samie et kvène, y compris la langue, et ce en raison de la politique de « norvégiannisation » menée depuis des décennies. Mais nous nous réapproprions notre héritage, ma fille et mon fils ouvrant la voie avec des études de langues et bien d’autres choses encore. Lors de mes apparitions publiques, je suis très fière de porter le gakti (robe traditionnelle samie), que j’ai récemment fait confectionner. J’ai le sentiment que ce processus est en soi une victoire sur l’injustice qui a été commise.

Comment les syndicats peuvent-ils davantage aider les peuples autochtones à s’intégrer réellement dans le monde du travail ?

D.A.M. : Avec solidarité et respect. Le respect de l’identité, des croyances, mais aussi la solidarité et l’inclusion dans les espaces de travail.

S.S. : Nous étudierons ce que nous, la confédération syndicale norvégienne, pouvons faire pour contribuer à la lutte contre le racisme, comme nous l’avons fait sur le lieu de travail. Jusqu’à présent, dans le monde du travail, LO a été un ardent défenseur de la législation contre la discrimination désormais en vigueur en Norvège. Cette législation permet aujourd’hui aux employés et aux candidats à l’emploi de bénéficier de l’égalité des chances, indépendamment de leur appartenance ethnique, de leur religion, de leur sexe ou de leurs responsabilités en tant que soignant. Tous les employeurs norvégiens sont tenus de promouvoir activement, de manière ciblée et systématique, l’égalité et de prévenir la discrimination sur le lieu de travail, conformément à la loi sur l’égalité et la lutte contre la discrimination. Cette obligation de participation active de l’employeur est un travail préventif que les employeurs sont tenus d’effectuer avant que ne surviennent des incidents liés à la discrimination.

L.P. : Les syndicats pourraient se transformer en interne et employer davantage d’autochtones dans leurs organisations. En outre, ils ne devraient pas avoir peur de promouvoir ces choses auprès de leurs affiliés ; pour l’instant, c’est un peu perçu comme de la poudre aux yeux. Mais nous appartenons tous à ce pays. Nous devrions donc tous faire la même chose, sans nous contenter de laisser les gens être inclusifs ou de leur dire, et je vais être impoli : « Allez là-bas et jouez avec vos billes pendant que nous nous occupons du vrai travail à faire ici ». Les syndicats doivent être plus inclusifs et faire davantage la promotion des peuples autochtones, de sorte que nous ne soyons pas là juste pour entonner des chants et réciter les prières inaugurales.

Comment les peuples autochtones peuvent-ils contribuer, avec leurs sensibilités, leur culture et leurs expériences spécifiques, aux débats mondiaux actuels concernant la transition juste, la justice sociale, les droits humains et du travail et la santé démocratique de nos sociétés ?

D.A.M. : Au Chili, les peuples originels partent d’une culture de revendication qui réclame de nombreux droits qui leur ont été usurpés : le droit à la terre constitue l’une de leurs principales revendications, mais il y a aussi les cultures ancestrales, en particulier la médecine ancestrale, qui aujourd’hui fait déjà partie de la pénétration de la culture mapuche dans la société d’une manière qui était impensable auparavant. En effet, depuis 15 ou 20 ans, une rupture culturelle a permis à la culture des peuples originels de refaire surface. Aujourd’hui, la quasi-totalité des communes dispose d’une ruca mapuche, c’est-à-dire d’un centre cérémoniel consacré à la gastronomie, à la culture et à la médecine traditionnelle, de sorte qu’au-delà d’un drapeau et d’une tradition combative, apparaît également une culture ancestrale qui parle de solidarité, d’inclusion et de participation, de respect des aînés et de son propre corps.

S.S. : Je pense que nous devons revenir à l’esprit de coopération qui caractérisait la Norvège au début des années 1990. Nous vivons à nouveau une période de crise et de grands risques pèsent sur nous. La polarisation que nous observons à la fois à travers le monde et dans notre partie de celui-ci laisse la place à des forces qui ne souhaitent le bien ni des minorités, ni des majorités, ni des démocraties. Les droits acquis ne le seront pas automatiquement pour toujours. Le combat n’est jamais terminé. Le mouvement syndical en est bien conscient.

L.P. : Lorsque je pense à la transition juste, et en particulier au changement climatique, je pense que les peuples autochtones ont beaucoup à offrir. Mais les pouvoirs en place ne leur demandent rien. Par exemple, lorsque vous pensez aux régions qui souffrent actuellement de la sécheresse, du manque d’eau, etc., les peuples autochtones d’Australie vivent dans ces conditions depuis des années. Comment se fait-il qu’on ne leur parle pas ? Vous savez, sur la façon de survivre dans ce genre de situation ? Et quelle est votre contribution à ces conversations ? Les peuples autochtones ont toujours su agir avec sagesse et de manière durable, et ils continueront à le faire. Les peuples autochtones détiennent une grande partie de ce savoir et s’en servent probablement comme s’il s’agissait du simple bon sens de la vie quotidienne. Si quelqu’un se donnait la peine d’enquêter ou d’en parler, je pense que les peuples autochtones ont beaucoup à offrir, mais premièrement : ont-ils voix au chapitre ? Et deuxièmement, les gens écoutent-ils ce qu’ils ont à dire ?

 

France: Pour un Plan d’Urgence de Sortie de Crise

EDUCATION POUR LA PAIX

Une déclaration de la Groupe parlementaire La France insoumise -NUPES & La France insoumise

La mort du jeune Nahel dans la matinée du 27 juin à Nanterre a déclenché dans le pays une vague d’émotion et de colère. Elle a aussi agi comme une étincelle, déclenchant un mouvement de révolte dans de nombreuses villes du pays, qui exige d’urgence une réponse politique.

Face à cette situation, le gouvernement s’enferme dans une escalade sécuritaire verbale qui ne fait qu’aggraver la situation. Il cherche à se défausser de sa propre responsabilité en ciblant la France insoumise pour mieux masquer son incompétence et son incapacité à agir. Par la même, il renonce à chercher une sortie de crise et il abandonne les habitants à une inquiétude que nous partageons face à des dégradations de biens publics, de logement ou de commerces indispensables à la vie quotidienne.

Partisans d’aucune stratégie de violences, nous voulons que soient traitées les causes de la situation car les problèmes ne datent pas d’hier. Pour les quartiers populaires, le racisme, les violences policières ou les discriminations dans l’accès à l’emploi ou au logement sont le lot quotidien des habitants. Le saccage des services publics, protections sociales et solidarités associatives, du fait de politiques néolibérales austéritaires, est à l’œuvre depuis des décennies. Pour qu’il y ait concorde, il faut des actes forts de la part du gouvernement qui, aujourd’hui comme hier, sont absents. Depuis les révoltes de 2005, le compte n’y est pas.

(Voir suite sur colonne de droite.)

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Question pour cet article:

Where are police being trained in culture of peace?

(. . suite)

Rétablir la confiance est d’autant plus difficile que le gouvernement s’est illustré ces dernières années par son incapacité à traiter autrement que par le mépris et l’ignorance les revendications populaires, que ce soit à l’occasion de la mobilisation des gilets jaunes ou contre la retraite à 64 ans, encourageant par là même l’idée qu’aucun changement n’est possible dans le cadre actuel. Il faut donc une rupture complète et des réponses exceptionnelles.

Pour cela, nous demandons un débat à l’Assemblée Nationale au titre de l’article 50-1 de la Constitution afin de proposer un plan d’urgence comprenant :

* L’abrogation immédiate des dispositions « permis de tuer » de la loi Cazeneuve de 2017, responsable de l’explosion des décès suite à des refus d’obtempérer

* La création d’une commission « Vérité et Justice » sur les violences policières ayant entrainé la mort ou la mutilation de citoyens pour en établir toutes les responsabilités

* Le dépaysement immédiat de toute affaire de violences policières, la réforme complète de l’IGPN et la création d’un service d’enquête indépendant.

* La prise en charge par l’Etat des réparations des commerces, des logements et des lieux publics dégradés ces derniers jours

* Une réforme en profondeur de la police nationale pour rebâtir une police républicaine mieux formée et débarrassée de toute forme de racisme, comprenant notamment la dissolution de la BAC, le rétablissement du code de la déontologie de 1986, le renforcement de la formation, l’instauration d’une véritable police de proximité et la fin des techniques d’immobilisation létales. Il faut fermer la période ouverte par Sarkozy en 2002 visant à traiter les jeunes des quartiers populaires comme un ennemi de l’intérieur.

* Un programme d’action global contre les discriminations incluant notamment la création d’un Commissariat à l’égalité, de pôles spécialisés au sein des cours d’appel et la mise en place du récépissé de contrôle d’identité pour lutter contre le contrôle au faciès

* Un plan d’investissement public dans les quartiers populaires pour le rétablissement des services publics, le logement, l’école publique, l’accès à la santé et à la culture, le financement des associations et des centres sociaux